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UNE GUERRE SANS FIN de Jean-Pierre Perrin - Éditions Rivages/Noir

  • Béatrice Arvet
  • 18 mai 2021
  • 2 min de lecture

À travers trois personnages échoués dans l’enfer irakien, Jean-Pierre Perrin partage son expérience des guerres au Proche-Orient. Ce roman agit comme un cri de colère contre ceux qui s’acharnent à détruire des peuples riches par leur histoire et leurs héritages civilisationnels, aidés en cela par l’impuissance occidentale. Captivant comme un thriller, édifiant comme un document.



Joan-Manuel était décidé à approcher « l’au-delà du monde » à la manière de Malaparte ou Hemingway. Daech lui en a donné une belle occasion. Libéré après versement d’une rançon, l’écrivain espagnol court dans le désert vers la frontière turque. Épuisé, les genoux meurtris par les coups, il se remémore les mauvais traitements, la peur permanente des exécutions et les semaines à tenir grâce aux visites nocturnes des « chevaux sauvages » des Rolling Stones. Alexandre, diplomate français, enquête en sous-marin sur un tortionnaire zélé de Bachar el-Assad, formé par le terrible Aloïs Brunner, criminel de guerre nazi réfugié en Syrie jusqu’à sa mort en 2010. Peu habitué à l’action, il accepte néanmoins d’aller récupérer une clé USB compromettante à Homs. Daniel, mercenaire à la retraite, est chargé de retrouver la fille d’un ami, probablement retenue par l’état islamiste alors qu’elle travaillait pour une ONG. Il rejoindra également Homs, la ville dévastée par les bombardements de l’armée syrienne, ponctuellement orchestrés chaque jour de six heures du matin à six heures du soir.


Jean-Pierre Perrin a fréquenté autant les chefs de clan, les mercenaires, les aventuriers que les diplomates, les politiciens ou les espions. Cela lui permet de décrire avec beaucoup de justesse la manière dont la guerre marque au fer rouge ceux qui la côtoient. Courageux ou lâche, fort ou faible, idéaliste ou romantique, il semble impossible de ne pas regarder en face celui que l’on a été, ce que l’on a vu ou ce que l’on a fait afin de survivre. Souvenirs traumatisants, odeurs persistantes, vacarmes incessants, s’ajoutent à la culpabilité et s’invitent nuit et jour chez les survivants, épargnés par miracle. Comment trouver une rédemption après cela ? La littérature ? L’amour, le sacrifice ou un serment peuvent-ils sauver les hommes perdus ?

Entre recherche poétique et révolte contre la reproduction inéluctable de l’histoire, Jean-Pierre Perrin insuffle à son texte la force du vécu. Nul doute qu’il ait mis un peu de lui dans chacun de ses personnages. D’ailleurs, avec humour, il introduit un certain Perrin qui se rend à Homs plié en deux, en passant par une conduite d’eau de plusieurs kilomètres ; un épisode vécu, dont la journaliste américaine Marie Colvin et le photographe lorrain Rémi Ochlik ne reviendront pas.

La forme du polar sert de prétexte à déverser le trop-plein laissé par des années de terrain, trop d’horreurs, de colère, de souffrance, qui pourraient être évitées si les hommes retenaient les leçons du passé. On lui pardonnera quelques lourdeurs, tant le propos est ailleurs, dans la justesse de cette exploration de la guerre, dans la restitution des états d’âme des trois héros dépassés par leurs propres abîmes, dans la quête impossible d’une innocence enfuie à jamais.


Béatrice Arvet


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 15 avril 2021

 
 
 

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