LES PREUVES DE MON INNOCENCE de Jonathan Coe - Éditions Gallimard
- Béatrice Arvet
- 3 janv.
- 2 min de lecture
En utilisant les codes en vogue (cosy crime, dark academia et autofiction), Jonathan Coe produit à la fois une satire politique grinçante, un polar intriguant et montre une palette élargie de ses talents. Toujours aussi réjouissant.
Au cœur d’une œuvre majoritairement inspirée par l’observation de ses contemporains, Jonathan Coe aime introduire une petite fantaisie, à l’instar de « La vie très privée de M. Sim ». « Les preuves de mon innocence » appartiennent à ce registre plus léger, qui n’en dénonce pas moins la montée du populisme et les mensonges sur lesquels s’est fondé le Brexit.

Au moment où Liz Truss entame son court passage au 10 Downing Street et où la reine rend son dernier souffle, Phyl se morfond à couper des légumes dans un restaurant de sushis. Elle vient de finir ses études et se demande ce qu’elle va faire de sa vie, lorsque Chris, un vieux copain de fac de sa mère, spécialiste du mouvement conservateur anglais, vient leur rendre visite et lui donne une idée. Écrire un roman policier semble une option à sa portée. D’autant que Chris, parti infiltrer un colloque des TrueCon, un lobby d’extrême droite, est retrouvé assassiné quelques jours plus tard. Intervient alors l’étrange inspectrice Prudence Freeborne, amatrice de Brandy et contrainte de repousser son départ imminent à la retraite. Phyl et sa nouvelle amie, Rash, fille de Chris, vont interférer sur l’enquête en se concentrant sur un mystérieux livre dont l’auteur s’est suicidé et qui jouerait un rôle dans l’affaire.
En trois chapitres, traités chacun dans un style différent, Jonathan Coe raconte le travail souterrain des conservateurs radicaux afin d’influencer la politique britannique. L’enquête fait le grand écart entre les années 80 et aujourd’hui où des anciens de Cambridge devenus influents à la chambre des députés, tentent de faire passer des réformes ultralibérales, à l’instar de la privatisation du système de santé qui enrichirait fastueusement certains d’entre eux.
L’œil pétillant de malice, l’auteur du « Cœur de l’Angleterre » se moque gentiment des nouveaux genres littéraires suggérant qu’écrire est à la portée de chacun, tout en brossant le portrait d’un pays gangrené par le populisme. Si le processus enlève un peu de profondeur au roman, l’habileté de Coe pour jouer avec les styles est bien là et rend cette représentation de l’Angleterre un peu moins sombre. Un faux polar parfait pour les après-midi au coin du feu.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 18 décembre 2025
REPÈRES
Né en 1961 à Birmingham, Jonathan Coe a étudié à Cambridge et enseigné à l'université de Warwick. Passionné de musique et de littérature, son 3ème roman " Testament à l'anglaise " (Gallimard) lui a permis d'accéder à la notoriété et a obtenu le prix du meilleur livre étranger en 1996. En 1998, il a reçu le prix Médicis pour " La maison du sommeil " (Gallimard). Il a également écrit des biographies de Humphrey Bogart, James Stewart et B. S. Johnson.
DERNIERS OUVRAGES PARUS
Le royaume désuni – Gallimard, 2023
Billy Wilder et moi - Gallimard, 2021
Le cœur de l’Angleterre – Gallimard, 2019




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