TROUVER REFUGE de Christophe Ono-dit-Biot - Éditions Gallimard
- Béatrice Arvet
- 1 oct. 2022
- 2 min de lecture
Retour à la Grèce et au mont Athos pour Christophe Ono-dit-Biot, qui imagine une France aux mains d’un président nationaliste au passé trouble. Un suspens savamment mené, prétexte à un hymne à l’amour, à la beauté et à un touchant roman de transmission.

Mina, Sacha et Irène, leur fille de sept ans, ont quitté précipitamment Paris, contraints de fuir les représailles de « Papa » le nouveau président, qui, petit à petit, anéantit toute opposition. Mina enseignait l’histoire à la Sorbonne et Sacha, philosophe, gagnait sa vie à la télévision, en attendant d’écrire le grand roman digne de son talent. Lorsque celui-ci, sur une impulsion, a émis, durant son émission, un sous-entendu concernant la jeunesse de « Papa », les intimidations ne se sont pas fait attendre, d’abord à la faculté durant le cours de Mina sur la Renaissance, puis par des menaces à leur domicile.
Le plan était simple en apparence ; « Trouver refuge » sur le mont Athos où Sacha avait séjourné trente ans plus tôt, avant de négocier le contenu mystérieux d’une clé USB, précieuse assurance vie du couple. Le seul problème ? Les femmes étant interdites, Mina devait se déguiser en homme. Devant cette option improbable, elle décide de rentrer à Paris. Soudainement séparé de sa femme, Sacha se retrouve seul sur la péninsule avec leur fille, devenu Irénée au regard des moines.
De cette fuite, de cette parenthèse loin du monde, Christophe Ono-dit-Biot fait un temps béni, pour revenir à l’essentiel, protéger sa progéniture, lui apprendre à apprécier la beauté, de la nature, des textes, des moments partagés. Quelques longueurs tout de même, lors des digressions didactiques sur l’iconographie martyrologique chrétienne, qui semblent fasciner une enfant idéale, docile et espiègle à la fois, ouverte aux passions de ses parents, sans jamais réclamer un écran !
Christophe Ono-dit-Biot mêle l’intrigue à un point de vue politique tristement vraisemblable sur la fragilité des démocraties. Instrumentaliser les peurs, surfer sur la vague populiste, dévoyer les mots dans des discours mensongers avec le relais massif des réseaux sociaux, suffisent à venir à bout d’un système dont on a oublié qu’il est le seul rempart contre les dictatures. Probablement est-ce pour cette raison que la transmission, des mémoires, des cultures, de l’Histoire, semble si important à l’auteur de « Plonger ». Alliant polar et célébration du savoir, volonté inébranlable de « Croire au merveilleux » et réalisme, ce roman hors mode, incite à poser les portables et également quelques questions sur le gouffre existant entre nos valeurs théoriques et nos comportements.
Béatrice Arvet
Article paru dans La Semaine du 8 septembre 2022
REPÈRES
Né en 1975, Christophe Ono-dit-Biot est journaliste, directeur adjoint de la rédaction du Point. Il intervient également dans plusieurs media. Il a reçu le prix Interallié pour « Birmane » (2007). « Plonger », Grand prix de l’Académie française et prix Renaudot des lycéens en 2013, a été adapté au cinéma en 2017 par Mélanie Laurent.
DERNIERS OUVRAGES PARUS
La Minute antique – Éd. De l’Observatoire, 2019
Croire au merveilleux – Gallimard, 2017
Plonger – Gallimard, 2013




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