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TERRA ALTA de Javier Cercas - Édition Actes Sud

  • Béatrice Arvet
  • 21 nov. 2021
  • 2 min de lecture

« Le Monarque des ombres* », un livre très personnel sur le passé franquiste de sa famille, marquait la fin d’un cycle tourné vers le passé de l'Espagne. Avec le même talent, Javier Cercas s'attaque au polar. Si l'Histoire est toujours présente dans cette interprétation moderne des "Misérables", il réussit à instiller un suspens qui capte le lecteur du début à la fin.



Le double assassinat fait grand bruit dans une région où il ne s’est rien passé depuis la sanglante bataille de l’Èbre. Les corps des vieillards ont été retrouvés affreusement mutilés, probablement par des professionnels, car aucun indice n’est décelable. Melchor et ses coéquipiers sont chargés de l’enquête. Les pistes sont multiples. Le nonagénaire avait amassé une immense fortune dans la cartonnerie et fournissait du travail à toute la région. S’agit-il d’une tentative d’extorsion, d’un meurtre rituel (ils appartenaient à l’Opus Dei), d’une vengeance ? Pourquoi un tel acharnement ? Et quid du gendre, beau gosse, flambeur comme il se doit ?

Melchor, à peine trentenaire, a déjà connu deux vies. La première à Barcelone, où il a grandi auprès d’une mère prostituée, totalement dévouée à son fils sans pouvoir l’empêcher de tomber dans la délinquance. La seconde, comme policier à Gandesa dans la région de Terra Alta, où sa hiérarchie a préféré le mettre au vert après ses exploits lors des attentats de Cambrils. Entre les deux, la découverte du roman de Victor Hugo a servi de catalyseur à ce jeune homme, envahi par la rage et la haine, depuis qu’il avait appris, en prison, que sa mère avait été tuée.

Javier Cercas alterne le parcours de Melchor avec les avancées de l’enquête, sans renier les sujets qui l’ont occupé depuis ses débuts en littérature. Familier des recherches historiques complexes, il met son expérience au service d’une investigation plus légère, plus rythmée, plus imagée. « Terra Alta » est captivant tant par les tâtonnements des policiers que par la progression du héros vers sa rédemption. En s’identifiant d’abord à l’inspecteur Javert et son obsession du mal, Melchor va toucher les limites d’une posture de justicier incorruptible. Ses intentions, à l’instar de celles de l’inspecteur des « Misérables », sont-elles vraiment innocentes ? Cette radicalité mène-t-elle forcément à la justice avec un grand J ? Javier Cercas se sert du registre policier pour illustrer ses propres interrogations. Un deuxième opus des aventures de Melchor est sorti en Espagne. On attend avec impatience sa version française.


Béatrice Arvet

* Actes Sud, 2018


REPÈRES


Né en 1962 à Ibahernando dans la région de Terra Alta, Javier Cercas a grandi à Gérone. Après des études de philologie à Barcelone, il passe deux ans dans l'Illinois. Il se fait connaître en France avec " Les soldats de Salamine " (Actes Sud, 2002). Tout en écrivant, il publie des articles dans El Pais et enseigne la littérature espagnole à l'université de Gérone depuis 1989. Il a reçu de nombreux prix, notamment le prix Jean-Morer pour " Anatomie d'un instant " (Actes Sud, 2010) ou le prix Méditerranée étranger pour " Les lois de la frontière " (Actes Sud, 2014). « Terra Alta » a été lauréat du prestigieux prix Planeta 2019.

 
 
 

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