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SATISFACTION de Nina Bouraoui - Éditions J.C Lattès

  • Béatrice Arvet
  • 31 oct. 2021
  • 2 min de lecture

En imaginant les pensées intimes d’une femme « exilée dans l’âme », Nina Bouraoui rassemble tous ses sujets de prédilection. Une écriture charnelle, violente, parfois crue pour explorer le désamour, le désir, la maternité, l’identité, le déracinement ou l’angoisse du temps qui passe.


Alger, 1977. Pour les voisins, elle est « la française », une femme sans histoire qui s’occupe de son fils, des travaux ménagers et du jardin de leur maison. En réalité, Madame Akli n’aime plus son mari et cache un tempérament de feu, fait de haine, de passion, de fantasmes, de désirs inavouables, qu’elle confie à des carnets. Erwan, son fils de dix ans, s’est entiché, à la rentrée, d’une fillette surnommée Bruce, un garçon manqué, qui visiblement l’aimante. Elle la prend rapidement en grippe, cherchant par tous les moyens à l’éloigner de son fils. Lorsqu’elle rencontre la mère de Bruce, un physique à la Catherine Deneuve, séduisante et libre, la fascination est immédiate. S’ensuit un jeu trouble entre ses quatre personnages, que Mme Akli manipule à sa façon dans son journal.

Nina Bouraoui met en scène un personnage « insatisfait », hanté par une faute qu’elle n’a pas encore commise. La tendresse étouffante dont elle entoure son fils, l’aversion pour une enfant à l’identité trouble, cette attirance dévorante envers une femme, la récurrence de rêveries érotiques ardentes, forment le lit de ses frustrations. Dans une ville où ils sont contraints de disparaître au regard des hommes, les corps deviennent obsessions, objets de désir ou de répulsion. Froide à l’extérieur, incandescente à l’intérieur, cette épouse fixe le quotidien en le fantasmant, afin qu’il résiste au temps.

Si la narratrice n’apparaît pas très sympathique, force est de constater que sa solitude émeut. Avec une prose à la fois poétique et cruelle, Nina Bouraoui mêle la fiction à des éléments autobiographiques, souffle le chaud et le froid, l’admiration et la méchanceté, la mesquinerie et la honte. Elle excelle à diffuser un venin sournois tout en laissant planer une menace. Une bande son assortie à l’époque accompagne les fabulations d’un personnage, qui finira par se venger de ses frustrations sur la musique des Rolling Stones.


Béatrice Arvet


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 6 septembre 2021



 
 
 

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