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RIEN À DÉCLARER de Richard Ford - Édition de l’Olivier

  • Béatrice Arvet
  • 19 janv. 2022
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 23 janv. 2022

« Que désirons-nous de la vie ? » En dix situations déclinées avec le talent qu’on lui connaît, Richard Ford revient sur ces moments où apparaissent les bilans. Une nostalgie empreinte d’optimisme imprègne ce recueil de nouvelles, qui se picore avec gourmandise.


Trente-cinq ans après leur escapade islandaise, un homme retrouve par hasard un amour de jeunesse. À cette époque, il aurait pu lui demander de l’épouser et sa vie aurait pris un chemin bien différent - Un vieil ami vient de mourir et une petite bande des années 90 se reforme, oubliant, pour une nuit, une ancienne querelle - Un appelé au Viêt-Nam a fui au Canada avec sa petite amie de l’époque. Quarante ans, deux mariages et un AVC plus tard, il la réclame - Un veuf inconsolable retourne dans le village où ils louaient tous les étés une maison et recueille une jeune fille un peu paumée - À Paris, un ex PDG démocrate vit une soirée d’élection éprouvante à la suite d’une bagarre avec un républicain - Une femme s’offre chaque année vingt-quatre heures de liberté, en commençant par une nuit à l’hôtel en compagnie du mari de sa meilleure amie…

On fait ce que l’on peut, avec l’amour, l’amitié, les enfants, la maladie, les gens qui nous aiment ou pas, que l’on aime, bien ou mal, les loyaux ou les traîtres, les uns que l’on croit connaître et qui, soudain se montrent sous un jour nouveau, les autres partis trop tôt et dont la perte nous hante. L’auteur de « Canada » évoque une série de conclusions, comme autant de chapitres que l'on referme en douceur, arrivé à une certaine maturité.

Chez Richard Ford, il y a toujours une impression de flottement, un peu comme ce ballottement, qui jalonne une existence dont on n’arrive jamais vraiment à comprendre le sens. Dans cet entre-deux, ses personnages s’efforcent de rester fidèles à une éthique, d’honorer leurs dettes morales, même si « l’auto-congratulation est la pire illusion ». Des coups durs, des moments où le destin aurait pu basculer, ils ne sortent pas désespérés, mais convaincus de devoir laisser l’amertume et les regrets de côté, d’accepter ce qui nous échappe. Cette tentative d’apprivoiser le monde, d’y trouver sa place sans mode d’emploi, traverse pratiquement toute l’œuvre de cet écrivain délicat. S’il y a un peu de Richard Ford au cœur de chacune de ses nouvelles, comme l’affirme l’éditeur, s’y niche également, sans aucun doute, un peu de nous.


Béatrice Arvet


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 21 octobre 2021

 
 
 

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