REGARDEZ-NOUS DANSER de Leïla Slimani - Éditions Gallimard
- Béatrice Arvet
- 28 mai 2022
- 2 min de lecture
Après « Le pays des autres », Leïla Slimani poursuit sa captivante reconstitution d’un Maroc en pleine métamorphose. On avait quitté la famille Belhaj en 1955, on la retrouve après l’indépendance, entre 1968 et 1972, un moment charnière où, au rêve de libération succède une reprise en main du pays et un retour vers la tradition.

À force de labeur, la ferme est devenue prospère. Les affaires florissantes permettent à Amine d’intégrer le Rotary et à Mathilde d’avoir sa piscine. Leur fille Aïcha poursuit ses études de médecine à Strasbourg et leur fils Selim découvre avec étonnement son corps d’homme et des désirs nouveaux. Selma, la sœur d’Amine, ronge son frein avec son vieux mari, le contremaître imposé à la suite de sa grossesse. Omar, le frère, très actif avant l’indépendance, est devenu policier, chargé de nettoyer les traces compromettant le pouvoir.
Chaque personnage révèle une facette du Maroc à une époque où Marx était plus populaire chez les jeunes que la religion. Si les blancs ne dominent plus le pays, les hiérarchies sont toujours présentes, comme une réaction en cascade, où le roi, le patronat ou le patriarcat exercent indéfiniment leur pouvoir sur ceux qui en sont démunis. De l’espoir d’émancipation à la répression d’Hassan II en passant par les hippies d’Essaouira, le roman traverse toutes les couches sociales, les espoirs et les désillusions d’un peuple, hésitant sans cesse entre la recherche de sa singularité et l’imitation du colon.
Au-delà du volet politique fidèlement rapportée, Leïla Slimani s’avère toujours aussi douée pour sublimer les paysages, décrire les lumières magiques des crépuscules ou les bleus infinis des horizons marins. Écriture fluide, personnages ciselés minutieusement, ce deuxième volet, aussi attachant que le précédent, attise l’impatience du troisième.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 31 mars 2022




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