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PASSEPORT DIPLOMATIQUE de Gérard Araud - Éditions Grasset

  • Béatrice Arvet
  • 19 sept. 2020
  • 2 min de lecture

Diplomate durant trente-sept ans, Gérard Araud a été concerné de près ou de loin par la plupart des crises ayant sévi sur la planète. Ses mémoires, passionnantes, instruisent sur les coulisses des Affaires étrangères, le rôle non négligeable de la France dans le monde et la métamorphose radicale de la carte géopolitique.

Personnage atypique, fort en gueule, Gérard Araud n’était pas vraiment formaté pour la diplomatie. Féru d'histoire, incité par ses parents à intégrer Polytechnique, puis l’ENA, après un passage à Sciences-Po, il a choisi le ministère des Affaires étrangères par « désir d’exil », sans réelle vocation. Une décision qu’il n’a pas regrettée et qui lui a valu de terminer sa carrière au poste prestigieux d’ambassadeur de France à Washington.

Gérard Araud a connu six présidents et même s’il y a consensus en politique étrangère, autant de sensibilités différentes face aux enjeux internationaux.


Spécialiste du Moyen-Orient, il a été au cœur du dossier nucléaire iranien. Représentant permanent de la France aux Nations-Unis, il a participé à diverses résolutions, notamment sur l’Iran ou la Lybie. Il a traversé de nombreuses crises, de la guerre du Golfe à l’élection de Donald Trump en passant par le conflit israélo-palestinien, les Balkans, le Rwanda, l’Iraq ou l’avènement de Daech.

Lors de sa première affectation à Tel-Aviv en 1982, les rapports s’écrivaient sur papier bible avant d’être envoyés sous forme de télégrammes diplomatiques, codés par le service du chiffre dans une cellule blindée. Une communication laborieuse avec Paris, que l’avènement d’Internet a rendue obsolète. À Washington en 2019, avec un président américain aussi imprévisible que Trump, il faut improviser au jour le jour. Cela aurait été impossible auparavant.


Très didactique, l’ex représentant de l’état français rappelle le rôle de l’émissaire, chargé, quelles que soient ses convictions, d’appliquer à la lettre, la stratégie de son pays. De même, il explique le fonctionnement hiérarchique des grandes institutions internationales et nous invite au cœur des interminables négociations, aboutissant fréquemment à une déclaration alambiquée, marquant toutefois un progrès minime pour les parties en conflit. Ainsi avance la diplomatie, par petites touches, au rythme lent des allers retours entre présidence et négociateurs, les accords étant parfois rayés d’un trait lors d’un changement de majorité.

Entre anecdotes et gentils règlements de comptes, Gérard Araud n’occulte rien, ni les tensions entre l’Élysée et le Quai d’Orsay ou l’État-major des armées, ni l’énergie bien française dépensée afin d’obtenir des postes plus honorifiques qu’influents. La partie américaine est particulièrement instructive concernant les incertitudes à venir. Pas facile d'échanger avec une administration* sans interlocuteurs durables avec, à sa tête, un président indifférent aux traités entre alliés, dont les tweets tonitruants mettent régulièrement le microcosme diplomatique en émoi.

Le ton monocorde peut épisodiquement perdre le lecteur. Pour autant, ce livre édifiant pose des questions essentielles concernant les nouvelles forces en présence dans le monde.

Béatrice Arvet

* Pour mieux comprendre le fonctionnement de l’administration Trump, lire l’excellent reportage de Bob Woodward « Peur – Trump à la Maison-Blanche » (Éditions du Seuil)


Article paru dans le journal La Semaine du 23 janvier 2020

 
 
 

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