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NOS ESPÉRANCES de Anna Hope - Éditions Gallimard

  • Béatrice Arvet
  • 4 févr. 2021
  • 2 min de lecture

Entre le moment où l’on quitte le cocon familial et celui où l’existence prend des contours quasi définitifs, il y a une grammaire parfois laborieuse à assimiler. Anna Hope s’emploie brillamment à en décrypter les codes, à travers l’amitié de trois jeunes filles confrontées à des vents contrariant sérieusement leurs « espérances ».



En 2004, elles vivaient toutes les trois dans une vieille maison au charme fou idéalement situé au bord d’un parc à Londres. La trentaine heureuse, elles avaient leurs rituels et l’horizon semblait encore ouvert à tous les possibles. Lissa avait toutes les chances de devenir une comédienne reconnue, Hannah, déjà en couple avec Nathan commençait une carrière prometteuse dans le management et Cate, l’indécise, se laissait vivre sans angoisse. En 2010, on retrouve la première, courant les castings en quête du moindre petit rôle, la seconde épuisée par une série de FIV et la troisième en plein baby blues, déconfite d’être partie s’installer avec son mari dans le Kent. Chacune, à sa manière, a choisi une voie qui ne la satisfait pas.


Comment savoir ce pour quoi on est réellement fait ? Telle est la question que pose Anna Hope dans ce roman où chaque héroïne se heurte au décalage entre ses désirs et leur concrétisation. Même si elles se sentent libres, l’histoire familiale autant que la pression sociale déterminent leurs choix et le schéma du mariage avec enfants et maison bien décorée n’est jamais loin. Comment sortir de cette condition de femme encore caricaturale ? Comment acquérir une conscience de soi suffisamment objective pour se réaliser pleinement ? L’auteur de « La salle de bal » passe par l’image ou l’absence d’image parentale pour approfondir la psychologie de ses personnages. La véritable rencontre de Lissa avec sa mère après des années d’incompréhension, les atermoiements de Cate ayant perdu la sienne toute jeune ainsi que l’obsession d’Hannah pour la maternité sont particulièrement bien restitués et renvoient inévitablement à leurs choix de vie et leurs rapports avec les hommes.

L’amitié, avec ses fulgurances, ses routines, ses mystères, ses trahisons, sert de colonne vertébrale à l’évolution des trois femmes. Avec tendresse et lucidité, Anna Hope les talonne jusque dans leurs moindres retranchements, les accouchant d’elle-même avec un talent subtil.


Béatrice Arvet

Article paru dans l'hebdo La Semaine du 9 juillet 2020

 
 
 

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