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LOVE SONG de Jane Sanderson - Éditions Actes Sud

  • Béatrice Arvet
  • 1 juil. 2022
  • 2 min de lecture

Il suffit parfois de quelques notes pour revivre une période, un événement, un amour oublié. Jane Sanderson donne une seconde chance à une passion adolescente et nous chamboule avec une bande-son étourdissante.


Elle avait 16 ans, lui 18 quand ils ont vécu leur première histoire d’amour, avec tout ce qu’elle comportait d’innocence et de bonheur parfait. Ils écoutaient la même musique; elle était imbattable sur les paroles des chansons. Dan a mis des années à se remettre de la fuite inexpliquée d’Alison. Trente-cinq ans plus tard, il s’est fait un nom dans le journalisme musical, a quitté Sheffield pour Édimbourg, vit avec Katelin dont il a un fils et file un long fleuve tranquille au milieu de ses vinyles, CD et vieilles cassettes précieusement sauvegardées. Lorsqu’un copain du lycée lui envoie un lien twitter vers une certaine Ali Connor, romancière à succès installée à Adélaïde, l’image s’incruste obstinément, faisant jaillir d’un recoin de sa conscience, un tsunami d’émotions. De l’autre côté du monde, la réapparition de cet « amant magnifique », à travers l’envoi de leur 1er morceau, produit les mêmes effets.

Par des allers retours entre 1978 et 2013, de « Pump it up » d’Elvis Costello à « Lovesong » de The Cure, en passant par de nombreux standard d’hier ou d’aujourd’hui, Jane Sanderson orchestre magistralement la réconciliation de deux espaces temps. D’un côté, il y a Sheffield, sa sidérurgie en berne, la frustration et l’alcoolisme, une classe ouvrière déboussolée, qui côtoie une petite bourgeoisie immuable. Alison appartient à la première, Dan à la seconde. C’est l’époque des cassettes, des fêtes secrètes lorsque les parents s’absentent, des lits à une place où l’on se serre à deux, indissociable d'une musique qui pulse avec un maximum de décibels. De l’autre, par-delà les océans, deux adultes bien installés dans leur quotidien familial, reprennent une conversation brusquement interrompue, avec le risque de balayer tout ce qu’ils ont construit au fil des décennies.

La musique vibre entre les lignes ; c’est la force de « Lovesong » d’éviter les pièges du roman sentimental. Des traumatismes que l’on a fuis, des souffrances dont on se protège, des passions mises de côté, Jane Sanderson fait un roman de renaissance, qui réveille ce « je » dissimulé sous un mille-feuille d’anticorps nommés sécurité, respectabilité, confort ou instinct de survie. Par ce procédé original, ses différents points de vue et une sensibilité juste sans être doucereuse, elle remue les souvenirs lointains d’une époque où tout se vivait, comme la musique, à plein tube.


Béatrice Arvet


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 9 juin 2022

 
 
 

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