LES JOURS HEUREUX d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre - Éditions Grasset
- Béatrice Arvet
- 7 août 2021
- 2 min de lecture
Comment se construire face à des parents célèbres, brillants, tumultueux, qui n’ont jamais rien sacrifié à leurs passions ? Adélaïde de Clermont-Tonnerre nous convie au cœur de la création cinématographique avec un héros attachant, confronté à une forte zone de turbulences. Un « page turner » foisonnant qui tisse joie de vivre et drames, tout en dressant un portrait doux-amer d’une société mutante.

Son enfance a été envahie par la vie tourbillonnante de ses parents entre promotions, séances de photos, divorces et remariages. Mix des Fitzgerald et des Jaoui/Bacri, Edouard Vian, réalisateur célèbre et Laure Brankovic scénariste de renom, ont fourni au box-office français les meilleurs scores des dernières décennies. Oscar avait réussi à couper le cordon en prenant le patronyme de sa grand-mère et en se faisant connaître par l’écriture de séries télévisées. Lorsqu’il apprend que sa mère est atteinte d’un cancer incurable, ce fragile équilibre s’effondre, d’autant qu’elle refuse d’en informer son père dont elle a divorcé trois fois. Seul avec ce secret trop important, il décide de réunir ses parents une ultime fois ; un projet qui marchera au-delà de ses espérances et aura même des conséquences imprévisibles.
« Qui suis-je quand je ne suis pas eux ? » ressasse Oscar. Sur une hypothèse plutôt dramatique, Adélaïde de Clermont-Tonnerre capte le lecteur en le faisant voyager autant géographiquement que dans l'univers fantasmé, magique et cruel du cinéma et de la jet-set. Elle suit pas à pas son héros dans l’apprentissage d’un épanouissement émancipée de l’influence de ses parents. De la liaison avec l’ex de son père, une bombe russe d’une beauté époustouflante accro aux réseaux sociaux, à l’idée obsessionnelle de voir de la fierté dans le regard de ses géniteurs, les pièges de l’inconscient sont nombreux. Oscar n’en évitera aucun.
En filigrane, l’auteur de « Fourrure » prend le pouls d’un monde technologique à la fois narcissique et progressiste dans lequel navigue sa jeunesse. Le conflit de génération couve entre la « liberté égoïste » que se sont octroyés les boomers et l’embourgeoisement « timorée et matérialiste » de leurs enfants. La rivalité cinéma-série influe sur la création artistique. Le mouvement #MeToo et l’affaire Weinstein ne sont jamais loin. Ce qui ne change pas et Adélaïde de Clermont-Tonnerre excelle à en rendre les palpitations, c’est l’amour, l’hérédité, le sexe, la mort et l’urgence quand celle-ci commence à rôder. Léger et grave, ce roman aux personnages fantasques et sympathiques, est un parfait compagnon de vacances.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 22 juillet 2021




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