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LES ENCHANTEURS de Geneviève Brisac - Éditions de l’Olivier

  • Béatrice Arvet
  • 15 mai 2022
  • 2 min de lecture

Ce n’est ni un règlement de compte, ni une vengeance, mais plutôt une histoire de trahisons, celles de deux mentors, qui n’avaient rien de généreux. Une incursion douce-amère dans l’univers du travail féminin et de l'édition, du temps où l’on sublimait la littérature jusqu’à celui des chiffres et de la finance.


Années 70. Elle croyait entrer au paradis, elle a fini en enfer. La jeune fille est brillante, jolie, sincère, entière, naïve diront certains. Après une période de militantisme, à imprimer des tracts pour une société plus juste, agrégée de lettres sans effort, Nouk entre dans une maison d’édition, parrainé par Olaf, un homme charismatique, exigeant et tyrannique. Elle aurait dû se méfier. L’entretien d’embauche par deux collaborateurs est un florilège de misogynie, de violence verbale, de tentatives de découragement. « Petits culs », « petites meufs » voire « petites putes » faisaient partie du vocabulaire mâle auquel une riposte aurait signifié un total manque d’humour. Courageuse, elle s’accroche, résiste aux ordres contradictoires, aux mauvais tours joués par ses collègues, convaincue d’être protégée … jusqu’au bannissement trois ans plus tard. Dans un style différent, Werther, son second patron, lui annonce tout de go détester les femmes enceintes (elle l’est) avant de lui attribuer le bureau dans lequel l’ancien directeur commercial s’est suicidé.

En même temps que l’âge d’or des éditeurs, Geneviève Brisac rappelle les méthodes staliniennes en vigueur dans certains milieux professionnels, souvent dirigés par des libertins, encouragés par la récente libération des mœurs. Des charmeurs nés qui fascinaient et sous la coupe desquels il était facile de tomber. Comment réussissaient-ils à établir leur emprise sur des femmes pourtant avisées ? En les flattant, en leur laissant croire à une position privilégiée, en soufflant le chaud et le froid dans la perspective d’un challenge sans fin ? Nouk sautera à pieds joints dans le piège.

Au-delà de la dimension autobiographique des déboires de son double récurrent, Geneviève Brisac évoque les métamorphoses du monde de l’édition, rattrapée par les notions de rentabilité, d’investissement, de fusion/acquisition, où l’auteur devient un « fournisseur ». Perdant soudain leur toute-puissance, ces « enchanteurs » / prédateurs se déballonnent sans panache. La pilule est amère pour celle qui croyait que « l’essentiel de la vie était de se battre pour la vérité, pour la poésie ».

Avec une lucidité qui n’a rien de victimaire, Geneviève Brisac rend compte des jeux de manipulation à l’œuvre lorsque le sexe s’invite dans la vie professionnelle. Une expérience, toujours d’actualité, à laquelle de nombreuses femmes sont confrontées.


Béatrice Arvet


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 3 février 2022


 
 
 

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