LE PROCÈS DE SPINOZA de Jacques Schecroun - Éditions Albin Michel
- Béatrice Arvet
- 3 juil. 2021
- 2 min de lecture
Faire de Spinoza, un personnage aux préoccupations modernes et accessibles ? Le pari n’était pas gagné. Jacques Schecroun passe par le roman pour approcher l’itinéraire intellectuel du philosophe, précurseur des Lumières. Passionnant et limpide.

" Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre ". Baruch de Spinoza a consacré sa vie à la recherche d’une vérité rationnelle, en opposition à l’instruction religieuse assenée dans le quartier juif d’Amsterdam où il a grandi. Il a payé cette liberté d’un bannissement de la communauté, en 1656, à l’âge de vingt-quatre ans. Comment est-il passé de l’apprentissage zélée des interprétations rabbiniques à une redéfinition de Dieu et de ses injonctions ?? À partir d’éléments documentés, Jacques Schecroun réinvente la jeunesse studieuse, docile, d’un garçon d
oué, charismatique, avide de savoir, qui se délivre petit à petit du carcan d’interdits imposés par sa religion.
L’enfant Spinoza a-t-il vraiment été choqué par les coups de fouet et le piétinement infligés à Uriel da Costa pour idées non conformes ? A-t-il subi l’injustice d’un père préférant l’aîné ? Peu importe finalement, puisque c’est en sortant de son cercle, en confrontant ses idées avec d’autres et surtout en accédant à la connaissance par l’étude, qu’il a fini par façonner sa propre pensée.
Repli communautaire, radicalisation des jeunes, victimisation, immigration, excès de commémorations, haines perpétuées de génération en génération… Jacques Schecroun revisite le parcours de Spinoza à travers un prisme résolument actuel. Les libertés qu’il prend avec l’histoire permettent de restituer le contexte de l’époque d’une manière vivante, sans nuire à la démonstration. Spinoza, être de chair et de sang, s’active dans une ville cosmopolite en plein essor, grâce à des échanges commerciaux avec le monde entier. Il s’occupe du négoce familial et passe son temps libre à étudier ou à peindre. Il est donc vraisemblable qu’il ait noué des relations avec des
personnalités non juives ayant une vision différente de la religion. Pour un esprit curieux et rationnel, questionner des préceptes ancestraux, dont il n’arrive pas à se convaincre qu’ils ont été dictés par Dieu, devenait inévitable.
À travers ce formidable « Spinoza pour les nuls », Jacques Schecroun, dont le propre parcours n’est pas banal, initie à la pensée du philosophe tout en incitant à l’altérité. Un éloge d’une pensée non dogmatique, porteuse de valeurs universelles qui libèrent au lieu d’enfermer.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 27 mais 2021




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