LE MAGICIEN de Colm Tóibín - Éditions Grasset (En lettres d’ancre)
- Béatrice Arvet
- 20 janv. 2023
- 2 min de lecture
En son temps, Thomas Mann (1875-1955) a été l’un des auteurs les plus lus dans le monde. Colm Tóibín aborde le prix Nobel 1929, par le biais de son intimité dans une biographie vivante, captivante, accessible à tous.

Colm Tóibín nous invite à la table de la bonne société de Lübeck, au cœur de la famille Mann, auréolée du prestige d’un père sénateur, riche négociant en grains, convaincu qu’aucun de ses enfants ne lui succèderait. Le testament exigeant la vente de la firme a été le premier choc, vécu comme un déclassement par l’épouse et ses cinq enfants. En rivalité avec Heinrich, son aîné considéré comme plus brillant, Thomas a dû batailler pour faire admettre sa vocation littéraire. Le succès immédiat de son premier roman, « les Buddenbrooks », inspiré par le déclin social, a creusé l’antagonisme avec son frère, notamment dans la vision de leur pays natal. Longtemps partisan d’une grande Allemagne dont il fallait préserver les traditions, il changera de perception avec la montée du national-socialisme et de l’antisémitisme, mais hésitera longtemps avant d’entrer publiquement dans le débat politique. Exilé dès 1933, il ne vivra plus jamais en Allemagne.
En s’attachant à l’homme, à ses nombreuses facettes, Colm Tóibín replace chaque livre dans son contexte, historique et personnel, et rend l’œuvre facilement intelligible. Il se glisse dans le bureau du maître, lieu inviolable où s’écrivent ses best-sellers, comme ses pensées les plus secrètes. Il insiste sur l’homosexualité contrariée de celui que ses six enfants appelaient « le magicien ». Les dialogues particulièrement vivants, les scènes du quotidien reconstitués avec brio, les rapports compliqués avec ses enfants, donnent accès au fils, au mari, au père, au frère autant qu’au personnage public.
Ainsi, on vit de l’intérieur les soubresauts de l’Allemagne perdante de la 1ère guerre mondiale jusqu’à l’avènement d’Hitler, ainsi que les revirements éthiques de cet homme peu enclin à communiquer. L’existence de l’auteur de « La Montagne magique » ne manque pas de tragédies. Colm Tóibín en fait un roman passionnant, le récit des aventures intellectuelles et morales d’un homme sans cesse obligé de ruser avec ses sentiments pour rester sincère.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 3 novembre 2022
REPÈRES
Né en 1955 en Irlande, Colm Tóibín est romancier, essayiste, journaliste, dramaturge et poète multi primé, notamment avec le prix littéraire International de Dublin en 2006 pour « Le Maître », une biographie romancée d’Henry James. Il est également professeur de sciences humaines à l’université de Columbia.
PRINCIPAUX ROMANS DE THOMAS MANN
Buddenbrooks, 1901
Mort à Venise, 1912
La Montagne magique, 1924
Docteur Faustus, 1947




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