top of page

LE JIHADISME FRANÇAIS de Hugo Micheron - Éditions Grasset

  • Béatrice Arvet
  • 4 nov. 2020
  • 2 min de lecture


Histoire de changer un peu des angoisses du coronavirus, intéressons-nous aux dangers qui menacent l’Europe dans un futur proche. Hugo Micheron a enquêté cinq ans en France, en Belgique et en Syrie dans le but de comprendre le jihadisme hexagonal. Une thèse passionnante, sérieuse, indispensable pour connaître un adversaire retors et dont devraient se servir les autorités afin d’enrayer le phénomène.


En 2012, les tueries effroyables de Mohammed Merah ont marqué le début d’une série d’attentats dans notre pays. Souvent présentées comme l’acte d’un loup solitaire, elles étaient en fait l’aboutissement d’une offensive salafiste commencée une dizaine d’années plus tôt. Hugo Micheron en détaille les étapes, du phalanstère d’Artigat (Ariège) créé par Olivier Corel, « l’émir blanc », jusqu’aux ramifications en Belgique, en passant par la Syrie et les cases prisons. D’après lui, la France a perdu de précieuses années en refusant d’analyser le contexte de ces attaques, alors même qu’elles correspondaient à une réalité sociale, loin d’être isolée.


DES QUARTIERS … À LA SYRIE

La jeunesse musulmane a commencé à être sensible aux discours des prédicateurs après le 11 septembre, dans un environnement où la religion s’est petit à petit substituée à la politique. Dans la région de Toulouse, comme ailleurs, le prosélytisme passe par les mosquées, les HLM, les marchés, les clubs de sport et les commerces hallal. Au début, il est diffusé par des membres du GIA, amnistiés par le président Bouteflika en 1999 et ayant trouvé refuge en France. Artigat en devient la plaque tournante avec des jonctions en Algérie, en Syrie, en Arabie Saoudite et en Belgique où le salafisme s’est implanté dix plus tôt.

Hugo Micheron identifie trois phases de départs en Syrie. Les pionniers rejoignent le front al-Nosra dès 2012 afin de créer une terre musulmane parfaite. En 2013 arrivent de plus jeunes recrues, objets d’une discorde entre al-Nosra et Daech sur la place à accorder aux étrangers. Enfin, en 2014, après la scission entre les deux branches, le califat accepte tout le monde, y compris les femmes censées reconstituer le stock de soldats. En 2015, il y avait environ 1500 français au levant.

LE RETOUR ET L’APRÈS DAECH

Les « revenants » sont majoritairement en prison. Cependant, par manque de connaissance du terrain, les pouvoirs publics ne semblent pas avoir pris la mesure des dangers à venir. Après sa défaite, la plupart des combattants ont compris que l’EI était dévoyé, mais ils ne remettent pas en question ses principes. En détention, ils réorganisent la lutte, avec une stratégie d’entrisme, qui consiste à utiliser la démocratie pour soumettre la France et l’occident. L’idée est de commencer par les salafistes quiétistes, puis d’élargir le cercle aux autres musulmans jusqu’à devenir suffisamment fort pour affronter le pouvoir.

Du précédent algérien à aujourd’hui, Hugo Micheron écrit l’histoire du jihadisme français par une approche empirique, qui le remet dans son contexte social et donne la dimension de la menace, dont l’épicentre se trouve en rétention. Ce travail est essentiel si l’on veut réellement stopper un « feuilleton » tragique, joué par des acteurs malins et fourbes, qui dupent régulièrement les services secrets et les autorités.

Béatrice Arvet


Article paru dans La Semaine du 30 avril 2020





 
 
 

Commentaires


bottom of page