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LE FILS DE L’HOMME de Jean-Baptiste Del Amo - Éditions Gallimard

  • Béatrice Arvet
  • 21 oct. 2021
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 oct. 2021

Pour son sixième roman, Jean-Baptiste Del Amo imagine un trio, isolé dans l’immensité d’un paysage de montagne aussi somptueux que menaçant. Lauréat du prix du roman FNAC, ce huis-clos explore l’engrenage de violence et de haine, transmis de père en fils, comme un mauvais sortilège. Sombre, mais puissant.


Le père, la mère, le fils. Ainsi sont nommés les trois protagonistes, qui, sous l’impulsion du premier, se retrouvent dans une bicoque en ruine, loin de toute activité humaine. Le père, donc, réapparaît après six ans d’absence inexpliquée, avec la ferme volonté de reprendre sa place dans le foyer. Enceinte à seize ans, la mère a élevé seule leur fils, aménageant autour d’eux une bulle sécurisante. Ayant compris que ses rêves d’un avenir plus prometteur, ne se réaliseraient jamais, elle s’est laissé convaincre de passer les vacances aux Roches, ce lieu où la famille pourrait se reconstituer. Après des heures de route, le voyage s’est péniblement terminé à pied, les sacs sur le dos, la voiture abandonnée, donnant ainsi l’intuition du piège à venir.

Jean-Baptiste Del Amo avait déjà exploré l’omnipotence paternelle dans « Le sel » et « Règne animal ». Ici, il va plus loin avec un récit qui en pénètre la folie. La force de la scène de chasse inaugurale, située dans un temps immémorial, rappelle la violence, léguée par les pères, nécessaire à la survie dans un environnement sauvage ; un instinct qui passe par le sang et la prédation. Est-ce à dire qu’elle est inscrite dans l’ADN de chaque individu mâle ?

Avec ce style raffiné, précis, sensuel, puisant plus souvent dans le pire que dans le meilleur de l’humain, l’auteur toulousain orchestre magistralement les émotions contradictoires d’un fils pris en otage par un homme aux obsessions névrotiques. Alternant la routine paisible de la vie avant le retour du père et l’installation brutale aux Roches, il décrit aussi finement la présence au monde de cet enfant solitaire perdu au cœur d’une nature infinie, que les espoirs naïfs d’une mère trop jeune ou les drames anciens qui se répercutent de génération en génération. Un mélange « d’orgueil et de fierté stupide » qui régit la progression inéluctable de cet enfermement à ciel ouvert. Avec toujours, en toile de fond, l’idée d’une nature vengeresse, arbitre des ambitions de l’homme.


Béatrice Arvet


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 6 septembre



 
 
 

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