LE CHOIX de Viola Ardone - Éditions Albin Michel
- Béatrice Arvet
- 11 févr. 2023
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 févr. 2023
En 1960, alors que la plupart des européennes se crêpaient les cheveux, dansaient le twist et s’émancipaient joyeusement, le sud de l’Italie vivait sous la loi moyenâgeuse des crimes d’honneur et de l’interdiction de divorcer. Avec une écriture pénétrante dont l’écho se ressent longtemps après la lecture, Viola Ardone nous fait vivre de l’intérieur cet enfermement, qui obstruait le destin de chaque femme et l’extraordinaire courage de celles qui l’ont refusé.

Oliva Denaro a quinze ans, un corps longiligne de garçon. Elle aime courir dans les champs, ramasser des escargots avec son père, apprendre des mots compliqués dans le dictionnaire, découper des photos de stars de cinéma et parler avec son ami d’enfance Saro. Elle envie sa copine Liliana, élevée par des parents communistes, libéraux et indifférents aux commérages. Dès son plus jeune âge, elle a intégré les nombreuses règles édictées par sa mère. « Une fille, c’est comme une carafe : qui la casse la ramasse », « une fille doit se garder propre à l’extérieur comme à l’intérieur » « femme qui sourit a dit oui ». Mariée car enceinte, sa sœur cache depuis quatre ans les coups portés par son mari en restant cloîtrée chez elle.
Dans ce village sicilien, la virginité, est le bien le plus précieux des adolescentes pauvres, convoitée par des hommes conscients de leur impunité, prêts à se l’approprier par tous les moyens, pour peu que l’une d’elle leur ait tapé dans l’œil. Une danse au bal du village suffit parfois à fiancer deux jeunes gens. Oliva en fera les frais, harcelée par Paterno, le fils du pâtissier, qui vient siffler sous ses fenêtres et finira, devant ses multiples refus, par utiliser la méthode forte.

« Le choix » s’inspire de l’histoire de Franca Viola, qui
fut la première à intenter un procès à son violeur, malgré les menaces, les injures, une réputation de « dévergondée ». La loi de réparation, encore en vigueur à l’époque des Beatles et du bikini, absolvait les agresseurs quand ils épousaient leur victime. À noter toutefois, qu’elle permettait également à deux amoureux dont les parents refusaient le mariage, de s’enfuir sans être poursuivis.
Viola Ardone incarne avec force sa narratrice grâce à une écriture qui mûrit au fil du roman, alors que celle-ci passe d’enfant soumise, résigné à son sort, à une conscience capable de refuser la loi ancestrale. Face aux récriminations impuissantes de la mère, le silence du père, personnage effacé, évitant les conflits, mais agissant par des actes symboliques inattendus, offre le superbe portrait d’un homme, ni fort, ni faible, que l’amour pour sa fille transcende.
L’utilisation du présent donne à la narration une dynamique, un rythme soutenu, qui exacerbe la violence sous-jacente tout le long du récit. Viola Ardone, née en 1974, réussit magistralement à infiltrer l’esprit de son héroïne et à reconstituer un temps si proche, où l’on mourait encore pour défendre une vertu, « salie » le plus souvent par des rumeurs.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 15 décembre 2022
REPÈRES
Née en 1974, Viola Ardone, diplômée de lettres, enseigne l’italien et le latin à Naples. « Le train des enfants », (Albin Michel, 2020) 1er de ses romans publiés en France et immense succès en Italie, a reçu le prix Brise-Lames de l’Encre Malouine et le prix de l’Union Interalliée.




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