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LA FILLE UNIQUE d'Avraham B. Yehoshua - Éditions Grasset

  • Béatrice Arvet
  • 29 août 2022
  • 2 min de lecture

Quelque part dans le nord de l’Italie, quelques années après la guerre, une jeune fille se débat avec son identité religieuse et la maladie de son père. Un roman d’apprentissage en forme de fable intemporelle, déclinée avec la délicatesse habituelle de ce grand écrivain israélien, dont on a appris avec tristesse la disparition le 14 juin dernier.


« La fille unique » est belle, intelligente et riche. Ses douze ans ne l’empêchent pas d’avoir un solide sens de la répartie et l’intention, non pas de devenir avocat comme son père et son grand-père, mais juge. Tout irait pour le mieux si le premier ne lui avait pas refusé de jouer la vierge Marie dans le spectacle de Noël, de peur qu’elle ne soit attirée par la religion du Christ, alors qu’elle est juive. Cependant, ses grands-parents maternels sont catholiques, sa mère convertie et sa grand-mère paternelle athée. De plus, son second grand-père a survécu durant la guerre en se travestissant en prêtre. Lorsque Rachele apprend que son père souffre d’un « supplément de cerveau » qui pourrait s’avérer grave, elle est envahie par une angoisse que ses proches vont tenter d’endiguer.

Bienveillance et humour sont deux mots indissociables de l’œuvre d’Avraham B. Yehoshua. Ici, ses personnages évoluent d’une situation à l’autre avec un regard complaisant, sans préjugés. Les messages importants se délivrent au détour d’une conversation anodine, d’une rencontre imprévue ou d’une découverte insolite, comme autant de petites allégories censées rendre la jeune fille plus forte, la préparer à une adversité, jusque-là absente de son quotidien. Malgré l’interdiction de participer à la représentation chrétienne, l’intransigeance n’est pas de mise dans cette famille, où tout tend à aider la jeune fille à avancer vers sa propre détermination.

L’œil est toujours espiègle et le ton conciliant, tandis que ce roman, facile en apparence, soulève des interrogations profondes. À quoi sert une religion quand on ne croit pas en dieu ? Comment grandir sans en subir le joug ? Pourquoi préserver la transmission alors que l’histoire des ancêtres n’est qu’une succession de mutation et de mixité ? Par ses lectures de la Torah ou du Livre-cœur (Cuore) d’Edmondo De Amicis, par ses déplacements entre Padoue et Venise ou ses discussions avec des interlocuteurs de différentes origines, Rachele va trouver des ressources pour traverser ces semaines de turbulences.

Avraham B. Yehoshua, à 85 ans, fatigué et malade, n’avait rien perdu de sa malice et de sa puissance narratrice. Il manquera à la littérature à l’instar d’Amos Oz et Aharon Appelfeld. On ne le répétera jamais assez, l’œuvre de ces trois auteurs humanistes est à lire sans modération.


Béatrice Arvet


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 23 juin 2022

 
 
 

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