top of page

L'INTIMITÉ d'Alice Ferney - Éditions Actes Sud

  • Béatrice Arvet
  • 22 nov. 2020
  • 2 min de lecture

Sur le couple, l’amour et la parentalité, Alice Ferney publie un roman passionnant qui prend sa source dans « l’intimité » d’un homme. Au-delà de la représentation du sentiment amoureux, cette réflexion puissante sur les différentes manières d’assouvir un désir (ou non) d’enfants explore les limites de la manipulation de la nature.



Trois femmes gravitent autour d’Alexandre Perthuis, frappé brutalement par le décès accidentel d’Ada, sa compagne, en accouchant d’une petite fille. Sandra, sa voisine, militante féministe, assumant sa nulliparité, se prend d’affection pour le bébé et son frère de cinq ans, subitement privés de leur mère. Progressivement, elle devient la confidente, l’amie réparatrice de cet homme, dévasté par la culpabilité. Quelques années plus tard, il rencontre sur un site spécialisé, Alba, une enseignante de français avec qui il se verrait bien recomposer une famille. Seulement, celle-ci tarde à lui avouer ses véritables intentions.

Vouloir un enfant ou pas ? La question est au cœur de ce roman qui rappelle que donner la vie n’est pas anodin. La sexualité s’est libérée, la procréation également, pourtant la norme de notre société est encore le couple avec progéniture. Ce dernier supporte sur ses frêles épaules de nombreuses projections, auxquelles il est étranger. « Objet de convoitise, signe extérieur d’accomplissement », il devient un instrument indispensable au bonheur des parents, d’où une « glorification de la fonction maternelle » qui en attend une forme de « retour sur investissement ». La stérilité continue à défaire de nombreux mariages et génère une industrie de remplacement pour le moins douteuse, passant inéluctablement par l’exploitation d’un ventre. L’époque autorise tout, le sexe sans enfant, mais également l’enfant sans le sexe.

Alice Ferney inspecte minutieusement chaque cas de figure grâce à trois portraits féminins fort différents. Au centre, poursuivi par le fantôme de sa compagne, un homme plutôt sympathique, attentif, tolérant, tente de trouver sa place sans léser personne. De la rencontre de deux corps au petit être vagissant, l’auteur du « Paradis conjugal » démêle habilement les méandres sentimentaux, physiques, psychiques, précédant l’arrivée d’un nouveau-né. Quelle part de réel choix, de conciliation, d’habitude ou de facilité, détermine-t-elle un couple ou la conception d’un enfant ? Jusqu’où peut-on manipuler la nature pour satisfaire ses envies ? Comment désirer un enfant et éviter de le porter, de souffrir, d’être déformée, de risquer sa vie ?

Alice Ferney va au bout de chaque raisonnement. Elle en expose brillamment les forces et les failles, notamment lorsqu’il s’agit de déléguer la grossesse par une Gestation Pour Autrui. Drôle de paradoxe que des femmes, après avoir obtenu le contrôle de leur utérus, veuillent exploiter celui des autres. Le plaidoyer est violent, surtout contre la GPA « éthique », qui apparaîtra peut-être, dans quelques décennies, aussi scandaleuse que la pédophilie.


Béatrice Arvet


Critique parue dans l'hebdo La Semaine du 8 octobre 2020

 
 
 

Commentaires


bottom of page