L’ENFANT QUE TU AS ÉTÉ MARCHE À CÔTÉ DE TOI de Gaston-Paul Effa -Éditions Gallimard – Continent noir
- Béatrice Arvet
- 21 août 2021
- 2 min de lecture
Piégé dans l’attentat de Strasbourg de 2018, un homme à terre se remémore une enfance dont il avait occulté les bonheurs et les déchirements. Un chemin qui va du « royaume de l’esprit » à celui du cœur en passant par une écriture soyeuse, imprégnée d’une douce sérénité.

En faisant sienne sa terre d’adoption, Douo avait mis de côté son passé camerounais. Terrorisé, couché sur l’asphalte au milieu des blessés, il se sent soudain envahi par les images de ses premières années, vécues en fusion avec une mère tendre, qui lui chantait des complaintes fangs et l’emmenait partout avec elle. La félicité a duré cinq ans, jusqu’au choc de la circoncision et la déchirure d’une séparation incompréhensible. Car les Anciens avaient tranché. Ce garçon, né un jour d’orage sous un sisal solitaire, sauvé d’un accouchement difficile par un médecin militaire, allait « tutoyer le soleil sans jamais se brûler les yeux ». Le lendemain de la cérémonie, une sœur alsacienne l’a fait monter dans sa 2CV pour l’emmener vers un avenir inconnu.
Oublier son enfance, est-ce s’oublier soi-même ? En dix-huit mini-chapitres, notre critique littéraire maison interroge les mystères « joyeux, lumineux, glorieux ou douloureux » d’un destin atypique. Élevé par les sœurs, destiné à la prêtrise, Douo déjouera finalement les pronostics lorsque, plus absorbé par les choses de l’esprit que par la spiritualité, il deviendra professeur de philo. La recherche d’un sens à son passage sur terre, le plaisir de la connaissance, de l’agencement des mots, de la rêverie, masquèrent la fêlure jamais consolidée de l’abandon.

À l’instar de plusieurs de ses romans, l’auteur de « La verticale du cri » continue d’explorer la double identité, l’impossibilité d’être heureux en rejetant l’une ou l’autre. À travers le personnage de Douo, un alter ego fictionnel, il met à jour le chaos intérieur, le sentiment d’exil permanent, ressentis quand on est désolidarisé d’une partie de soi.
Malgré le fracas du traumatisme, le ton est apaisé. Gaston-Paul Effa incite à renouer avec l’enfant que l’on a été, à se rapprocher de la nature tout en redonnant à l’homme une part d’humanité perdue. Cette rencontre avec une violence inexplicable et une mort brutale se transforme sous la plume musicale de cet écrivain singulier en un récit de reconstruction, de réconciliation et de pardon.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 10 juin 2021




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