INDÉPENDANCE de Javier Cercas - Éditions Actes Sud
- Béatrice Arvet
- 25 nov. 2022
- 3 min de lecture
Avec ce deuxième volet des aventures de l’inspecteur Melchor, Javier Cercas met sur la sellette le mouvement indépendantiste catalan, assujetti aux grandes familles de la région. Un roman noir, addictif, qui balance méchamment.

Même en troquant le registre historique pour le polar, Javier Cercas ne reste jamais longtemps loin de la politique. On retrouve ici Melchor, flic tourmenté au passé trouble, héros de l’attentat de Cambrils, que sa hiérarchie a mis au vert en Terra Alta. Il y avait trouvé une sorte de paix, jusqu’à l’assassinat de sa femme. Cinq ans plus tard, il s’occupe de sa fille Cosette et envisage de devenir bibliothécaire, lorsque son ancien chef le réclame au bureau des enlèvements et extorsions, afin de résoudre un chantage à la sextape concernant la maire de Barcelone.
Dès le premier chapitre, Javier Cercas rappelle la fureur bouillonnant dans les tripes de son héros face à l’injustice ; un personnage atypique, ancien délinquant, fils d’une prostituée tuée sauvagement, rongé par un désir de vengeance et sauvé par la lecture en prison des « Misérables ». Son modèle devient alors le Javert de Victor Hugo avec les limites qu’impose la lutte à tout prix contre le mal. Au troisième chapitre, l'auteur des "Lois de la frontières" nous met sur la piste des auteurs de la vidéo, tournée vingt ans auparavant par un complice de trois fils à papa, sûrs de leur impunité et cherchant dans le sexe violent des frissons nouveaux. À l’époque, la maire Virginia Oliver assumait une liberté débridée, militait à gauche et voulait sauver les sans-papiers. Cela ne l’a pas empêché d’être élue sur un programme conservateur, valorisant la famille traditionnelle et promettant la fin de l’immigration. Elle vient de divorcer de l’un des trois jeunes et le second est devenu son premier adjoint, à la tête d’une redoutable brigade de gardes du corps.
Javier Cercas décrit le nationalisme catalan comme un panier de crabe sordide, manipulé par des familles toutes-puissantes à la seule fin de leurs intérêts personnels. Il y va fort sur la corruption, les crimes impunis, la dénonciation des opportunismes, arguant que le gouvernement autonome a amassé des fortunes sur le dos du peuple.
Le roman se situe en 2025, mais son actualité ne fait aucun doute. Le système est détaillé par des dialogues, dont la longueur évite la lassitude grâce à un sens de l’action digne des films du genre. Autant critique politique que thriller, « Indépendance » met en doute la sincérité des élites du mouvement nationaliste, interroge la notion de justice et tente d’offrir une rédemption à un policier sanguin, seul parmi ses collègues, à ignorer qu’un certain Javier Cercas a écrit un livre sur lui !
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 21 juillet 2022
REPÈRES
Né en 1962, Javier Cercas a grandi à Gérone. Après des études de philologie à Barcelone, il passe deux ans dans l'Illinois. Il se fait connaître en France avec " Les soldats de Salamine " (Actes Sud, 2002). Tout en écrivant, il publie des articles dans El Pais et enseigne la littérature espagnole à l'université de Gérone depuis 1989. Il a reçu de nombreux prix, notamment le prix Jean-Morer pour " Anatomie d'un instant " (Actes Sud, 2010) ou le prix Méditerranée étranger pour " Les lois de la frontière " (Actes Sud, 2014). « Terra Alta » a été lauréat du prestigieux prix Planeta 2019.




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