GÉNÉRATION OFFENSÉE de Caroline Fourest - Éditions Grasset
- Béatrice Arvet
- 19 sept. 2020
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 nov. 2020
Toujours aussi vaillante à défendre la liberté et l’universalisme, Caroline Fourest alerte sur les nouvelles censures, émanant de groupuscules bruyants, soutenus par la gauche radicale, qui tentent d’imposer leurs certitudes au détriment du débat. Une lucidité bienvenue sur des dérives importées des pays anglo-saxons, de plus en plus influentes en France.

Depuis quelques années, les incidents se multiplient. À la Sorbonne, une conférence sur la laïcité a été reportée, une autre sur la radicalisation a été annulée. Une représentation des « Suppliantes » d’Eschyle a subi une tentative de censure à cause de masques noirs considérés « racialistes ». On trouve Toutânkhamon trop blanc, on organise un hijab day à Science Po. On ne juge plus les œuvres, ni leurs intentions, mais leurs auteurs sans passer par la case justice. Longue est la liste des offensés du colonialisme, de l’esclavage, des génocides, de l’oppression masculine … qui revendiquent une forme de séparatisme en fonction de la race, de la religion, du sexe ou de l’orientation sexuelle.
APPROPRIATION CULTURELLE OU HOMMAGE ?
Caroline Fourest s’insurge contre toutes ces polémiques absurdes qui censurent la créativité, disloquent la société, entravent le vivre-ensemble et alimentent le racisme, l’antisémitisme ou l’homophobie, contrairement à leurs intentions de départ. Que serait une société composée de communautés imperméables, ayant leur culture, leurs traditions, leurs lois, leurs recettes et une histoire revisitée à l’aune de convictions, dont chacune revendiquerait la véracité ?
Aux États-Unis ou au Canada, aucun artiste ne renonce à présenter des excuses dès qu’une minorité fait entendre sa souffrance. Dans certaines facultés, les élèves font la loi et les professeurs sont paralysés à l’idée de commettre des « micro-agressions » sur des sujets souvent vieux de plusieurs siècles. Qu’un blanc s’inspire d’une musique africaine ou sud-américaine, porte des dreadlocks, engage un acteur dont l’ADN, le sexe ou la religion ne correspond pas au rôle, interprète une recette exotique à sa façon … et aussitôt, les procès en appropriation culturelle affluent. Un cours de yoga a été annulé à Ottawa en raison de la suprématie occidentale subis par l’Inde !
CONFLIT GÉNÉRATIONNEL
Caroline Fourest défend l’idée de métissage culturel contre celle de pillage, les causes universelles contre la dictature des minorités, le dialogue contre le repli sur soi. Elle s’oppose au multiculturalisme, trop centré sur un passé décontextualisé. Le culte de la victime qui, par un glissement étrange des valeurs, remplace aujourd’hui celui du héros, mène à une forme d’inquisition revancharde. Il s’agit clairement d’un conflit générationnel, amplifié, évidemment, par les réseaux sociaux, lieux privilégiés de l’expression des haines. Encouragés par une gauche antilibérale, les millennials, hyper protégés et manquant parfois de mémoire historique, sont prompts à tomber dans les pièges d’une tyrannie liberticide. En s’associant à des mouvements antiracistes, féministes ou contre l’islamophobie, qui revendiquent un sectarisme identitaire en place d’un humanisme tolérant, ils font le lit de l’extrême droite.
En France, ces polémiques paraissent anecdotiques et les intellectuels résistent encore. Pour autant, des factions virulentes noyautent les universités en imposant des clivages entre « racisés » et blancs. « Indignez-vous » conseillait Stéphane Hessel. Probablement n’avait-il pas imaginé que l’énergie de l’offense se concentrerait sur des nombrils despotiques ne servant ni la liberté, ni l’égalité, ni la fraternité.
Béatrice Arvet
Article paru dans La Semaine du 5 mars 2020




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