FEU de Maria Pourchet - Éditions Fayard
- Béatrice Arvet
- 9 janv. 2022
- 2 min de lecture
Laure s’adresse à elle-même, tandis que Clément parle à son chien adoré. Cette structure narrative donne immédiatement le ton de l’embrasement de deux personnages, à priori, incompatibles. Si le sujet de l’adultère n’est pas nouveau, Maria Pourchet en fait un véritable feu d’artifices.

Sa fragilité a touché l’universitaire dès leur première rencontre. Derrière le sarcasme, elle a pressenti l’homme blessé par un « quelconque passé », une faille qui l’a attirée comme un papillon vers une flamme. Engluée dans une routine laborieuse, Laure, dotée d'un mari trop prévisible, de deux filles dont une rebelle à la rage belliqueuse, se sent chavirer. Clément, conseiller financier, affiche un air désabusé, additionne les goujateries, disserte sur « l’époque scandaleuse », mais perçoit des craquements dans la carapace de glace qui le protège de tout sentiment. Malgré les injonctions moralisatrices d’une mère la poursuivant depuis sa tombe, malgré son cynisme à lui, ils cèdent à l’impériosité du désir. Entre la femme « empêchée » et l’homme « qui retient », la liaison va être torride, déstabilisante, culpabilisante.
Avec ses phrases en rafales, qui claquent comme un tir de mitraillette en projetant une lucidité cruelle, Maria Pourchet capte, tour à tour, les points de vue des deux amants. D’un côté, une quadragénaire nostalgique d’une jeunesse perdue, obstinée à ne rien lâcher « pour ne rien perdre, » qui envie l’insolence de sa fille et aimerait brûler à nouveau. De l’autre, un quinqua aigri par un métier qu’il méprise malgré un salaire indécent, préférant se saborder plutôt que céder à une émotion. Face à un être insaisissable sur lequel il n’y a pas de prise, comment trouver une brèche sans souffrir ?
L’auteur des « Impatients » scrute ses deux narrateurs sans les ménager. Sa plume bien trempée, singulière, boostée par un humour réjouissant, orchestre la révolte des corps endormis contre une solitude contrainte par un quotidien effréné. De la déflagration du désir à la désagrégation de leurs certitudes, de la soumission à un amour jamais satisfait de l’une à la lâcheté du second, elle livre sans fléchir ses deux héros à un pilonnage implacable, les obligeant à affronter leur vérité.
D’un roman à l’autre, Maria Pourchet réussit à incarner des personnages très différents, même s’il s’agit toujours d’interpréter les malentendus sur lesquels reposent les relations entre individus, les spirales dépressives ou les héritages toxiques. Un peu oublié par les prix, cette vertigineuse alliance du feu et de la glace aurait mérité d’être mise à l’honneur.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 4 novembre 2021




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