ENFANT DE SALAUD de Sorj Chalandon - Éditions Grasset
- Béatrice Arvet
- 24 sept. 2021
- 1 min de lecture
" TU AVAIS EU CES HOMMES POUR CAMARADES ET LEURS CRIMES EN HÉRITAGE "

Le père … l’idéaliser, être à la hauteur, rechercher la fierté dans ses yeux ou au contraire le mépriser, le rejeter … Voilà la grande affaire des fils en général et de Sorj Chalandon en particulier. Après avoir consacré la majeure partie de ses livres à des pères de substitution, il tente ici de faire la lumière sur le sien, celui dont il a appris à 10 ans qu’il fut un « salaud » pendant la guerre. Bercé toute son enfance par les exploits de ce conteur magnifique, il fallait en avoir le cœur net, débusquer sa véritable identité, découvrir, peut-être, des circonstances atténuantes, au moins de quoi comprendre ou pardonner.
La libération des archives lui a permis de mener cette quête, qu’il couple avec la couverture du procès de Klaus Barbie, afin de remettre les événements dans leur sordide contexte. Se profile alors, de chapitre en chapitre, le portrait d’un affabulateur aux multiples facettes, insaisissable, prisonnier de la légende qu’il s’est forgé, dont le destin rocambolesque n’est guère plus crédible que les exploits imaginaires.
L’art de théâtraliser les émotions, parfaitement maîtrisé par Sorj Chalandon, serait-il une manifestation héréditaire ? Surtout en mêlant l’Histoire à un drame intime, doublant ainsi la charge affective ? En tout cas, le romancier n’est jamais loin, qui, en cherchant une vérité impossible, met en scène avec brio, le combat au cœur à cœur d’un fils avec la folie du père.
"Enfant de salaud" est en lice pour le Goncourt et le prix Landerneau.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 12 août 2021




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