DERNIÈRE OASIS de Charif Majdalani - Éditions Actes Sud
- Béatrice Arvet
- 7 nov. 2021
- 2 min de lecture
Au cœur de l’imbroglio irakien, juste avant la conquête d’une partie du territoire par l’état Islamique, Charif Majdalani nous convie à une chasse au trésor moderne, prétexte à une réflexion passionnante sur la fabrique de l’Histoire. Érudition et aventure sont au programme de ce roman insolite.

La première partie agit comme le calme avant la tempête. Nous sommes en juin 2014 au nord de l’Irak dans la plaine de la Ninive. Un marchand d’art libanais, spécialiste de l’archéologie orientale, attend le retour d’un général de l’armée irakienne dans le but d’authentifier des pièces anciennes, ayant soi-disant appartenu à sa famille. La curiosité l’a poussé à se rendre sur place malgré la forte probabilité d’un trafic. Fasciné par le lieu, qui fut peut-être le paradis perdu de la bible, il se surprend à aimer ce temps entre parenthèses, favorable à la méditation.
À l’arrivée de l'officier, les événements s’accélèrent avec l’attaque de Mossoul par les djihadistes. Malgré ses doutes, l’expert accepte de participer à la transaction. Le jour du départ, la mort, dans un attentat, du général et d’un responsable de Daech qui l’accompagnait, rebat les cartes. Le trésor ayant, par la même occasion, disparu, il décide de suivre sa trace dans un pays à feu et à sang. Comment sont réellement morts les deux hommes ? Le général s’était-il allié à Daech afin de prendre une revanche sur les chiites mis au pouvoir par les Américains ? Quel rôle était censé jouer le narrateur dans ce sac de nœuds ??
Dans l’immuable beauté d’un décor indifférent aux gesticulations humaines, Charif Majdalani, par la voix de son narrateur, questionne ce qu’il reste des événements, quand ils sont sujets à de multiples interprétations, truffés de faux-semblants ou rapportés par des mémoires déformées. Il s’interroge sur l’éternelle répétition de l’Histoire et la malice du hasard qui, parfois, s’amuse à déjouer les stratégies des puissants. Menés par des hommes médiocres, opportunistes, dont les ambitions sont plus souvent assujetties à l’avidité, l’ignorance et l’incompétence qu’à « la lucidité, la sagesse ou l’intelligence », les peuples subissent indéfiniment les soubresauts d’une destruction annoncée.
Un brin d’espionnage, une touche d’aventure, une pincée de glamour et une dose de géopolitique s’associent, ici, au constat lucide et implacable d’un monde tranquillement mené à sa perte depuis des siècles.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 23 septembre 2021




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