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DE LA PART DU CALIFE de Karl Laske - Éditions Robert Laffont

  • Béatrice Arvet
  • 30 janv. 2022
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 janv. 2022

Les attentats de janvier 2015 auraient-ils pu être évités ? Karl Laske affiche sa conviction en publiant une enquête approfondie, dont le mérite majeur consiste à donner une vue d’ensemble des faits, souvent fractionnés par les actualités au jour le jour. Passionnant et terrifiant.



Le travail est minutieux. Karl Laske s’appuie sur les pièces de l’instruction, écoutes téléphoniques, dépositions et audiences du procès afin de reconstituer avec précision le déroulement des faits. Tout d’abord, presque minute par minute, les journées du 7, 8 et 9 janvier. Le récit est glaçant des deux frères partis de chez eux sans éveiller le moindre soupçon et décidés à faire un carnage à Charlie Hebdo ; insoutenable celui du travail de la police scientifique sur les lieux. Le périple de leur complice jusqu’à l’Hyper Cacher n’est pas moins éprouvant. Comment ont-ils pu s’organiser, trouver des armes, communiquer avec les commanditaires, se synchroniser ? Pourquoi la surveillance des Kouachi avait-elle été suspendue six mois plus tôt ? Pour quelle raison, alors qu’il existait des indices d’une action imminente depuis 2014, la protection du journal s’était-elle réduite à deux policiers à pied ?

La deuxième partie concerne l’enquête, chargée de débroussailler les ramifications inextricables de la nébuleuse terroriste. Du 19ème arrondissement de Paris au Yémen, en passant par la banlieue de Lille, les enquêteurs interrogent des dizaines de personnes, proches ou moins proches des terroristes. Arnaque aux crédits, trafic d’armes venant des pays de l’Est, multiplication des téléphones prépayés, étude des vidéo-surveillances, démêler le vrai du faux dans les auditions … leur tâche est phénoménale. Les services monopolisés sont multiples et les risques de passer à côté d’éléments importants, probables. Tout aussi compliquée s’avère l’œuvre de la justice*, contrainte de statuer en l’absence des véritables coupables.

Pour pointer les manquements des renseignements et les faiblesses de la coordination entre les différentes administrations, Karl Laske s’appuie sur quatre points : l’arrêt de la surveillance des trois fichés S, l’oubli du scellé « Fontenay 1 », (un carnet contenant les contacts de Coulibaly), l’enquête lilloise retardée (implication de la gendarmerie par un indic) et la dissociation du cas Peter Chérif, éventuel commanditaire de l’attaque du journal. L'investigation est à charge, cependant, rétablir l’intégralité des événements dans leur contexte international, permet de comprendre la stratégie délibérée, élaborée par l’EI (ici au Yémen), qui aboutira aux massacres du 13 novembre. Une approche nécessaire au moment où se déroule le procès de ces escouades meurtrières.


Béatrice Arvet


* À lire également, La Chambre des coupables de Mathieu Delahousse (Fayard, 2019) sur la difficulté à juger, selon les critères habituels, des actes terroristes dont le but est de saboter la démocratie.


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 18 novembre 2021


REPÈRES


Né en 1959, Karl Laske a été journaliste au service société de Libération de 1994 à 2011, puis à Mediapart depuis 2011. Spécialiste des affaires judiciaires, il a publié de nombreux ouvrages notamment sur l’affaire Elf, l’Angolagate, l’affaire Clearstream, Battisti ou Sarkozy – Kadhafi. Il est membre du Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ).


 
 
 

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