CHIMÈRE de Julie Wolkenstein - Éditions P.O.L
- Béatrice Arvet
- il y a 14 heures
- 2 min de lecture
Osmond, un photographe charismatique, plus connu pour sa collection d’œuvres d’art que pour ses créations, a-t-il été tué par Serena ou s’agit-il simplement d’un accident ? Julie Wolkenstein nous immerge dans un imbroglio familial assez savoureux d’autant qu’il prend la forme d’un polar et nous rend fébrile jusqu’au dénouement.

En plein confinement, cinq personnages féminins tentent de répondre aux questions d’un jeune homme sur sa filiation et la mort de son grand-père en 1994. Tante Lidia, vieille femme aveugle, vit dans un « palazzo » à Florence avec une secrétaire à qui elle dicte les mails qu’elle ne peut plus écrire. Amélia, la sœur d’Osmond, ancienne bimbo vaguement alcoolique, sort d’un long silence après s’être reproché d’avoir été trop bavarde avec la police. Henriette, l’amie fidèle d’Isabelle, devenue journaliste, enquête depuis 26 ans sur cette mort, finalement classée accidentelle. Serena, à l’origine du décès d’Osmond, était très appréciée de ses riches fréquentations pour son goût exquis et ses conseils en matière d’élégance. Elle se confie à un psy sur son rôle (trouble) durant la période où elle était proche de ce petit monde. Isabelle, nièce d’Amélia, épouse d’Osmond et belle-mère de sa fille Iris, dont le suicide en plein confinement ravive les plaies, clôt cette suite de confessions.
« On ne dit jamais tout ». La citation en exergue d’Henry James donne le ton du livre qui ressemble à un puzzle dont il faut réordonner les pièces. Des années 1970 à 2024, entre Rome, Florence, Paris et St Pair sur mer, l’auteur de « L’Excuse » délie les liens compliqués entre les femmes ayant approché Osmond et l’ayant détesté chacune à leur manière. Au fil des époques, des lieux, des tubes musicaux, chaque récit dévoile sa part de vérité reflétant des moments riches d’insouciance ou de drames, d’amours contrariés ou de trahisons. De la villa Médicis aux plages bretonnes, des années sida à la covid, des rooftops romains aux palais florentins, le temps passe sur ces personnages, encore hanté par le fantôme d’Osmond. Avec ce titre qui contient un coup de théâtre, Julie Wolkenstein réussit une première incursion dans le polar sans faire faux bond à la littérature.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 5 mars 2026
REPÈRES
Née en 1968, Julie Wolkenstein enseigne la littérature comparée à l’université de Caen. Elle a publié une dizaine de romans dont « Les Vacances », (P.O.L, 2018), prix des Deux Magots et 2 essais dont un sur Henry James.
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