SEPTEMBRE NOIR de Sandro Veronesi Éditions Grasset
- Béatrice Arvet
- il y a 18 heures
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Cinquante ans après les faits, un professeur de littérature se remémore l’été 1972, qui a marqué brusquement la fin de son enfance. Le récit d’un traumatisme, mais également une belle histoire d’amour, de celle qui reste inoubliable car elle n’a pas vraiment existé.

Chaque année Luigi Bellandi, douze ans, passionné de sports, passe ses vacances à Fiumetto au bord de la mer Ligure avec sa mère, une irlandaise aux cheveux roux comme "une aube en Cornouailles" et sa sœur de cinq ans plus jeune. Cet été-là, rien ne se déroule comme prévu. Le père, avocat pénaliste, ne les rejoint que le week-end car il est retenu à Florence par un gros dossier. Astel Raimondi, son amie d’enfance, voisine de plage et fille de l’homme le plus riche de la ville, fait un séjour linguistique à Londres et n’apparaît que quelques semaines plus tard. Luigi ronge son frein, silencieusement en attendant les sorties en bateau du dimanche avec son père.
On sait dès le début du roman qu’une catastrophe va arriver, mais tout l’art de Sandro Veronesi réside en cette manière particulièrement habile de digresser sans nous ennuyer pendant 275 pages, avant de dévoiler le véritable objet du livre.
Dans l’intervalle, il reconstitue ce temps si étrange où un garçon oscille entre enfance et adolescence. C’est l’époque de la télé en noir et blanc, des vignettes de foot, des larmes d’Eddy Merckx lors du tour d’Italie, des billes, de l’admiration du père …, mais également le moment où il s’aperçoit que le retour d’Astel change son regard sur ses passions. Nous sommes au début des seventies, l’année des jeux olympiques et de l’attentat de Munich par « Septembre noir », qui se confondra dans la mémoire du narrateur avec la déflagration ayant fait exploser son monde. Cette évocation de la magie d’un amour transformant un garçon timide en héros brillant, fort et protecteur, associée à une quête des indices quasi invisibles d’un événement imprévisible, montre, une fois de plus, la force de la littérature pour guérir la mémoire.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 19 février 2026
REPÈRES
Né en 1959 en Toscane, Sandro Veronesi a d’abord fait des études d’architectures avant de devenir scénariste et écrivain. Il a reçu le prix Strega pour « Chaos calme » (Grasset, 2008) qui a également obtenu le prix Femina étranger et pour "Le Colibri" (Grasset, 2021).




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