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CHAIR de David Szalay - Éditions Albin Michel

  • Béatrice Arvet
  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture

Après « Ce qu’est l’homme », David Szalay prolonge son observation de la condition masculine avec un personnage étrange, qui se laisse balloter par les événements, sans jamais vraiment choisir sa vie. Un Booker Price déroutant, mais captivant, parfois choquant, à aimer ou à détester.

 


Au début du roman, István a 15 ans et vient de s’installer avec sa mère dans une ville hongroise où il ne connaît personne. L’époque est à l’effervescence des hormones et les mystères du sexe le taraude, à l’instar de n’importe quel garçon de son âge. Le fait que sa voisine de 27 ans son aînée l’initie à cette énigme, le conduira à passer trois ans en centre de détention, à s’engager cinq ans dans l’armée où il servira en Irak, puis à se retrouver à Londres, comme videur d’une boite de nuit, avant de tenter de grimper l’échelle sociale en tant que promoteur immobilier. Ainsi s’enchainent les séquences d’un destin, mis sur orbite par les exigences d’un corps adolescent et dont chaque étape a à voir avec cette fameuse « chair » du titre.

Style épuré à l’extrême, emploi du présent, dialogues minimalistes, ce texte peut surprendre par une fausse simplicité, qui se met à la hauteur d’un homme sans affect, ne sachant exprimer ses émotions qu’à travers le corps. En tout cas, ce n’est pas dans ses réponses se limitant souvent à ok ou ouais que l’on trouve l’essence d’Istvan, mais peut-être dans la transcription d’une masculinité aussi indéchiffrable que celle de « l’Étranger » d’Albert Camus. Pas de cynisme chez ce héros captif de ses rencontres, mais pas d’innocence non plus. De l’époque où le sexe est obsessionnel à celle où il ne mène plus la danse, David Szalay développe les différents stades d’une maturité en marche, qui ne s’éveille vraiment qu’avec la paternité. Une manière de suivre le travail du temps sur ce héros insaisissable et malgré l’agacement du premier chapître, d’embarquer le lecteur jusqu’au crépuscule de cette vie chaotique.

 

                                                                                                                      Béatrice Arvet


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 19 février 2026

 

REPÈRES

 

Né en 1974 à Montréal d’une mère canadienne et d’un père hongrois, David Szalay a grandi à Londres, a vécu à Budapest et maintenant en Autriche. En 2013, il a été sélectionné par le magazine Granta comme l'un des meilleurs jeunes romanciers britanniques. " All that man is " (Ce qu’est l’homme, Albin Michel, 2018) avait déjà raté de peu le Man Booker Prize.

 
 
 

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