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AU-DELÀ DE LA MER de Paul Lynch - Éditions Albin Michel

  • Béatrice Arvet
  • 30 nov. 2021
  • 2 min de lecture

Rien de tel que l’immensité de l’océan pour faire face à ses propres vérités. Paul Lynch arbitre un huis-clos magistral entre deux naufragés, qui espèrent l’arrivée des secours sur un bateau abandonné aux caprices de la météo. Glaçant et terriblement humain.

La tempête était annoncée et aucun bateau ne sortait du port, mais Bolivar s’était entêté à prendre la mer. Son équipier habituel étant introuvable, il avait embarqué un jeunot, cheveux longs, portable vissé à l’oreille et la tension à deux. Se ventant de connaître les meilleurs coins de pêche, le marin avait navigué des heures avant de poser les appâts. L’apocalypse s’est abattue sur eux en un clin d’œil, anéantissant les instruments de navigation et projetant par-dessus bord tout leur équipement y compris les réserves de nourriture. Coincés sur le Panga, les deux hommes devront puiser dans leurs capacités mentales et physiques pour se tirer d’affaire … ou pas. Le ressort narratif fonctionne pleinement.

Inspiré par un fait réel, Paul Lynch s’est demandé comment deux être « confinés » sur une petite surface au milieu d’un espace infini, pouvait survivre, cohabiter, fraterniser ou peut-être s’entretuer. Que devient notre humanité lorsque chaque geste tend vers la survie ? Sans échange, sans prise sur l’avenir, en proie à une angoisse constante, quelle part ignorée de soi va-t-elle se manifester ? La foi permet-elle de se battre ou de sombrer ? Paul Lynch accompagne ses deux personnages dans une descente aux enfers, uniquement concentrée sur l’essentiel, trouver de la nourriture, recueillir de l’eau, dormir. Privé d’activité, d’interaction sociale et du confort d’un quotidien sécurisé, dans un espace-temps indéfini, chacun est confronté à lui-même, contraint de revoir son histoire sous l’angle d’une conscience qui ne triche plus.

Courage, lâcheté, foi, force mentale ou faiblesse, instinct de survie, lucidité ou délire mystique … s’agrègent aux conditions précaires et à une solitude sans fin, favorisant l’affolement de l’esprit. Captant la poésie d’un océan parfois maléfique, parfois bienveillant, Paul Lynch excelle à infiltrer cet état étrange, ni mort, ni vivant auquel les deux pêcheurs - le terme prend là tout son sens - sont soumis. Un roman haletant par un auteur dont le talent s’accentue de livre en livre.


Béatrice Arvet


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 7 octobre 2021

 
 
 

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