ARTIFICES de Claire Berest - Éditions Stock
- Béatrice Arvet
- 19 févr. 2022
- 2 min de lecture
Un flic au bout du rouleau, une voisine envahissante et une collègue secrètement amoureuse sont au centre de ce roman dans lequel Claire Berest associe au registre policier deux de ses thèmes récurrents, l’art et la psychologie. Un excellent compagnon pour les week-ends pluvieux de mars.

Suspendu depuis une semaine sans savoir pourquoi, Abel Bac, solitaire, bougon, asocial, uniquement tourné vers son travail, s’enfonce dans une déprime infinie. Il passe ses nuits à marcher dans Paris ou à prendre soin de la petite centaine d’orchidées qu’il cultive dans son appartement. Il efface ses messages pour ne pas connaître les causes de sa sanction, ne cherche pas à se défendre. Inquiète, Camille, son binôme, tente par tous les moyens de le faire réagir. Lorsqu’Elsa, sa nouvelle voisine, se trompe de porte après une soirée bien arrosée, il est aussi agacé qu’intrigué par cette femme fantasque, trop vivante. Pendant ce temps, des événements étranges animent Paris, notamment l’intrusion, sans effraction aucune, d’un superbe cheval lusitanien à Beaubourg ou l’apparition quotidienne d’exemplaires du Parisien sur le palier du lieutenant déboussolé. Quel lien y-a-t-il entre les deux ? Qui a dénoncé Abel ? Et que vient faire dans le paysage une plasticienne célèbre dont personne ne connaît le visage ?
Si elle distille les indices et les rebondissements suffisamment habilement pour ferrer le lecteur, Claire Berest ne se contente pas de dérouler les faits comme un polar classique. Patiemment, elle rassemble les pièces d’une mosaïque complexe, décrypte le cheminement intérieur de ses personnages, remontant le temps et les drames, qui ont guidé leur destin. Par la même occasion, elle permet au profane, de s’initier à l’univers énigmatique de l’art, où des œuvres éphémères, souvent choquantes par leurs messages compris par les seuls initiés, atteignent des cotes indécentes.
Le roman comporte 68 courts chapitres dont les titres recomposent la fable de La Fontaine « Le renard, le loup et le cheval ». « Artifices » fait non seulement allusion aux identités confuses des personnages, mais aux faux-semblants sur lesquels ils se sont construits. La restitution crédible des mécanismes d’autodestruction et du désir de vengeance valide le passage au roman noir, d’une auteure plutôt familière des biographies. Certes, le personnage du flic dévasté par un passé occulté, n’est pas nouveau, mais l’approche originale, la fluidité de l’écriture, l’attente du dénouement, contraignent le lecteur à ne faire qu’une bouchée de ce pseudo polar.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 16 décembre 2021




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