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UN VIOLEUR ATTENTIONNÉ ET DÉLICAT de Chadortt Djavann Éditions Grasset

  • Béatrice Arvet
  • 11 juil.
  • 2 min de lecture

Iran : Lavage de cerveaux permanent !!


En se mettant dans la tête d’un juge condamné pour viols, Chahdortt Djavann décrit les méthodes du pouvoir iranien tout en brossant le portrait très dérangeant d’un homme, victime et bourreau. Une écriture percutante pour un livre inconfortable qui laisse le lecteur se débrouiller avec ce mélange de circonstances atténuantes et de perversion.

 


Un ancien juge, condamné à perpétuité, confesse son histoire commencée dans la misère, puis à la guerre, enfin avec la fonction influente de « qadhi », obtenue grâce à la protection d’un officier. Seule éclaircie dans une enfance pauvre, non scolarisée, avec la contrainte de s’occuper d’un grand-père grabataire, l’arrivée d’une demi-sœur à laquelle il se raccroche jusqu’à ce que leurs innocentes étreintes deviennent un péché mortel et que la mère marie la petite en catimini. Le chagrin et la rage ne le quitteront plus.

Le personnage est tellement odieux qu’on a tendance à le laisser à distance. Familière des titres provocants, Chahdortt Djavann souffle le chaud et le froid, tantôt montrant le cynisme du personnage, tantôt cherchant dans ses traumatismes l’origine de son incapacité à conjurer haine et colère. Le besoin de revanche, de retrouver ce premier amour magnifique le conduira à rendre visite à des femmes en prison, où il s’invente une image de bon samaritain qui leur fait du bien en les gâtant et en leur apportant un plaisir "inoubliable".  Est-il d’un cynisme total ou bien un enfant perturbé devenu à son tour un bon petit soldat ? Quel choix, quelle responsabilité porte-t-on quand la complicité avec un régime intransigeant, qui tue son peuple, est une question de survie ?

Avec ce personnage toujours dans la dissimulation, Chahdortt Djavann évoque cette schizophrénie iranienne consistant à avoir sans cesse une double vie, policée à l’extérieur et (presque) sans masque à l’intérieur. Une immersion dans les rouages d’un pouvoir corrompu où la religion n’a plus aucun sens.

 

                                                                                                                      Béatrice Arvet


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 11 juin 2026


REPÈRES


Née en 1967, Chahdortt Djavann a grandi en Iran. À 13 ans, elle a été emprisonnée 3 semaines pour avoir manifesté contre le régime islamiste. Arrivée à Paris en 1993, elle a vécu de petits boulots tout en apprenant le français. Après des études d'anthropologie à l'école des Hautes études en sciences sociales, elle a choisi de combattre l'idéologie islamiste par la littérature. Elle a écrit (en français) une quinzaine d'ouvrages et collabore au Monde et au Figaro. (Voir sur ce blog la critique de son roman : "Les putes voilées ne vont jamais au paradis" (Grasset, 2016))

 

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