MOON ROAD de Sarah Leipciger - Éditions Actes Sud
- Béatrice Arvet
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Sur un sujet difficile, la disparition inexpliquée d’une enfant, Sarah Leipciger ordonnance un récit d’une sensibilité délicate au suspens implacable. L’art d’utiliser la « creative writing » pour le meilleur.

Malgré leur divorce et la disparition de leur fille, 21 ans plus tôt, ils étaient restés bons amis jusqu’à une dispute mémorable, suivie de 19 ans de silence. La découverte d’ossements près de l’endroit où Una a été vue la dernière fois, les contraint à se revoir. Yannick voudrait traverser cette épreuve avec Kathleen qui s’y refuse, enfermée dans la certitude de savoir sa fille vivante. Elle préfère se concentrer sur la fête annuelle de commémoration, qui se révélera un fiasco total et lui fera changer d’avis. Yannick souffrant d’une phobie de l’avion, ils vont parcourir des milliers de kilomètres en voiture afin de se rendre de l’Ontario en Colombie britannique, là où leur fille avait décidé de s’installer sur un coup de tête.
Sarah Leipciger excelle à décrire des personnages imparfaits avec lesquels on se sent en osmose. Kathleen, femme rêche, un peu brutale, familière des remarques involontairement désagréables, s’est trouvé une vocation dans la floriculture, une activité actant une sensibilité qu’elle ne sait pas exprimer. Yannick, à 73 ans, vient d’être quittée par sa 4ème femme, la mère de son 5ème enfant. Après la période intense des recherches, chacun avait fait face à sa façon, Kathleen s’épuisant en vaines tentatives pour la retrouver, Yannick, sabotant consciencieusement ses mariages.
Évidemment, le voyage est prétexte à solder les comptes entre les deux personnages qui, malgré le drame, n’ont jamais cessé de s’estimer. Sarah Leipciger les observe avec une belle empathie, scrutant les contraintes des corps vieillis, les changements d’humeur, la manière dont ils se punissent sans s’en rendre compte. Una avait 23 ans lorsqu’elle s’est évanouie dans la nature. Au fil des superbes paysages canadiens s’intercalent des épisodes du passé, les derniers souvenirs avec la jeune femme, les conflits générationnels, les tentatives avortées de se parler, tout ce qui aurait peut-être changer le cours de leurs destins.
De leur culpabilité réciproque, de ce chagrin inconsolable, elle fait un road book, au ton juste, un chemin de paix avec soi-même qui rejoint « la route de lune » du titre. Un roman sans pathos dont la tension dramatique est maintenue jusqu’à la fin.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 23 juillet 2026
REPÈRES
Née au canada, Sarah Leipciger vit à Londres. Elle enseigne la création littéraire dans les prisons et à City Lit. Elle a publié 2 ouvrages « The Mountain can wait » (2015) et « Coming up for Air » (2020), inédits en France.




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