LA PIQÛRE D’ABEILLE de Paul Murray - Édition Albin Michel
Dernière mise à jour : il y a 17 heures
Paul Murray ausculte les névroses des quatre membres d’une même famille avec un regard légèrement décalé, qui donne une dimension burlesque aux situations les plus graves. Un roman addictif aussi pertinent dans l’introspection individuelle que dans la description d’une société irlandaise déstabilisée par les problèmes économiques et climatiques.

Les Barnes, une famille respectée d’une petite bourgade située à deux heures de Dublin, traversent une sérieuse zone de turbulence. Le garage qui a fait leur fortune est sur le point de faire faillite, favorisant une crise qui couvait depuis longtemps. Dickie, contraint de reprendre l’affaire créée par son père, n’a jamais été intéressé par les voitures. Incapable de faire front, il fuit la catastrophe en construisant un bunker dans la forêt avec un survivaliste. Imelda, son épouse habituée à mener grand train, ne se remet pas de leur déclassement et reporte sa frustration sur ce mari incapable de les sortir de la panade. Cass, la fille aînée, brillante élève, se soumet aux lubies de sa meilleure amie Elaine. Elles ont le même rêve, quitter cette ville de ploucs pour faire des études à Dublin, puis Paris et New York, peut-être même devenir des poétesses célèbres. Pour Elaine, cela semble passer par la découverte des garçons et la fête permanente. Et PJ, le petit frère, amateur de jeux vidéo et de tout ce que la science offre d’étrange, observe sa famille se déliter avec inquiétude, projetant même de fuguer.
Quelle est la source de la débâcle soudaine de la maison Barnes ? Paul Murray revisite le passé des parents, dont les répercussions demandent enfin à être regardées en face. Il se met avec autant d’habileté dans la peau d’un homme pétri de culpabilité au destin sacrifié que dans celle d’une ado sous emprise, d’une ancienne reine de beauté obligée de vendre ses bijoux ou encore d’un enfant déstabilisé par le dérèglement de son univers. La communication est bloquée entre ces quatre personnages dont les fantasmes, rêves, drames ou regrets intimes brident l’honnêteté et contraignent à ruminer en secret indéfiniment.
Profond, drôle, implanté dans l’actualité avec une part de fantaisie, ce roman au final étiré à l’extrême digne d’un film hitchcockien, a reçu le Nero Book Award, le prix Stresa et a figuré parmi les « livres de l’année » du Times, du New Yorker et du Washington Post.
Béatrice Arvet
REPÈRES
Né en 1975 à Dublin, Paul Murray a publié 4 romans dont 2 traduits en français : « Skippy dans les étoiles » (Belfond, 2013) et « La Marque et le Vide » (Belfond, 2016). « La piqûre d’abeille » est dans la 1ère sélection des prix Femina et du Meilleur livre étranger.




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