CE QUE LA GUERRE FAIT AUX HOMMES de Claude Guibal - Éditions Albin Michel
« Je ne veux pas d’un monde où il faudrait taire des silences plus importants que le bruit »

On les dit têtes brûlées, souffrant d’un besoin d’adrénaline ou fuyant des blessures invisibles. Confrontés à la mort, à des scènes d’une violence inouïe, ils n’en sont pas moins humains, courageux, souvent victimes de stress post-traumatique et imprégnés de ce besoin essentiel de témoigner afin de nous informer de l’histoire du monde. Dans ce livre où elle relate certains reportages et les promesses non tenues qui surgissent parfois lorsque les émotions débordent, Claude Guibal raconte un métier difficile où il est trop souvent compliqué de garder la distance nécessaire pour en sortir indemne.
1 minute 15 secondes… C’est le temps imparti aux reporters de guerre pour raconter des milliers de vies brisées. Les chiffres défilent, nombres de bombes, de drones, de tués, de km2 repris ou cédés … mais comment rendre compte du désastre humain semé par chaque attaque, que l’on soit soldat ou civil, bourreau ou victime.
« Je me suis demandé ce que la guerre laissait aux êtres une fois qu’elle les a raclés jusqu’à l’os, rongés, essorés (…) ». Claude Guibal tente de faire ressentir ce qu’il se passe derrière la bravade et les versions officielles, au plus profond des individus, vivant avec la proximité terrifiante de la mort. Par ces éclairs de vérité, ces moments hors du temps qui en révèlent une parcelle, elle s'efforce d'approcher les avenirs confisqués, les regards éteints, la fatigue et les traumatismes irréversibles qui atteignent chaque personne confrontée à ce qu’aucun humain ne devrait connaître.
Elle questionne également le retour à la paix pour le soldat, à la normalité pour le reporter. Comment réintégrer une vie de famille après avoir appris « à ne plus réfléchir au moment de tirer », après des batailles qui ont « désappris à vivre » ? Et quid de ces promesses impossibles, qui échappent parfois aux journalistes lorsqu’ils oublient leur rôle de passeur et non de sauveur ?
À une époque où les conflits se multiplient, ce témoignage, tout en donnant la parole à ceux que l’on n’entend jamais, rappelle crûment l’ignominie, la destruction de l’humain à l’œuvre dans toutes les guerres, qu’elles soient d’hier ou d’aujourd’hui.
Béatrice Arvet
REPÈRES
Née en 1973 à Montpellier, Claude Guibal est actuellement grand reporter à Radio France. Elle a couvert de nombreux conflits, au Moyen-Orient, notamment les printemps arabes, en Afrique et plus récemment en Ukraine. Elle a publié plusieurs ouvrages, Islamistan (Stock, 2016) ou « L’Égypte de Tahrir, anatomie d’une révolution » (Seuil, 2011).




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