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DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA RIVIÈRE de Morgan Talty - Éditions Albin Michel

  • Béatrice Arvet
  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture

« De l’autre côté de la rivière » qui sépare sa maison de la réserve indienne, un homme observe sa fille grandir, faire ses apprentissages avec un autre que lui et devenir une femme, en cherchant un moyen de se défaire de ce secret trop lourd à porter. Un premier roman touchant sur l’identité, la paternité empêchée et la mémoire des liens de sang.

 


Sa vie lui a échappé le jour où Mary lui annoncé être enceinte, mais en refusant qu’il reconnaisse leur fille afin que celle-ci puisse bénéficier des droits des autochtones. Enfant blanc, élevé sur la réserve, Charles avait dû quitter les lieux à dix-huit ans alors que sa mère, mariée à un Penobscots pouvait y rester.  Il s’est installé dans une maison que son beau-père lui avait construite sur la rive opposée. Depuis la naissance d’Elisabeth, entre une période alcoolisée et son travail dans les bois, il rumine l’absurdité des lois qui décident qui est indien ou pas. Alors qu’Elisabeth est adulte, il cherche une occasion de lui dire la vérité. Par ailleurs, il doit s’occuper de sa mère, une femme régulièrement dépressive, atteinte d’un début d’Alzheimer qui lui renvoie une culpabilité ancienne concernant la mort de son beau-père, homme aimé et aimant, victime d’un accident de chasse.

Qu’est-ce qui constitue une famille ? À quelle histoire appartient-on ?  Une loi peut-elle définir cette adhésion ? Morgan Talty défend l’idée que le corps garde une mémoire biologique et produit des mécanismes de défense difficilement compréhensibles. En privant un enfant de son hérédité, on l’empêche d’être réellement lui-même. Charles est blanc, se sent indien en raison des liens étroits qui l’attachaient à son beau-père et ne peut élever sa fille métisse. Épiant l’évolution d’Elisabeth, il craint qu’elle ne reproduise les longues périodes de déprime de sa mère.

Si Morgan Talty s’attarde plus longuement sur le rapport entre le narrateur et sa mère, les passages décrivant son cheminement intime, son regard attendri sur sa lointaine progéniture et ses tentatives de l’approcher sont particulièrement attendrissants. Émaillé de ruptures narratives insolites, le roman développe des personnages secondaires fantasques, comme par exemple, cet ami rencontré aux alcooliques anonymes qui intervient régulièrement dans la vie de Charles, ou ce voisin étrange qui, une nuit, tente de s’introduire dans la maison de sa mère.

À travers ce narrateur à la sensibilité brute, Morgan Talty questionne la paternité et l’hérédité autant que les sentiments qui régissent les liens entre des êtres dont le sang est différent. Si l’affection est la clé, la génétique a également son mot à dire.

 

                                                                                                                      Béatrice Arvet


Article paru dans l'hebdo La Semaine du 9 juillet 2026

 

REPÈRES

 

Né en 1991, Morgan Talty appartient à la tribu des Penobscots. Il a remporté plusieurs prix dont le PEN/Robert W. Bingham et le New England Book Award pour son 1er recueil de nouvelles « Night of the living Rez » qui paraîtra bientôt en France. Il est professeur à l’université du Maine et enseigne également à l’Institute of American Indian Arts de Santa Fe (Nouveau Mexique)

 

 
 
 

1 commentaire


denier1402
il y a 20 heures

Un billet superbement écrit. Bravo et merci Béa.

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