L’INCONNUE DU QUAI DE JAVEL de Philippe Jaenada - Éditions Flammarion
- Béatrice Arvet
- il y a 55 minutes
- 2 min de lecture
Pour apprécier les livres de Philippe Jaenada, il faut jouer le jeu ; patiemment accepter de se mettre dans sa peau, comme il le fait avec ses personnages et se laisser porter, tant par ses digressions que par cette manière bien à lui de faire parler les archives.

Il s’attaque ici à un cold case datant de 1949. La nuit du 6 au 7 septembre, Louise Cansot, une modèle de 29 ans, ayant inspiré de nombreux peintres de l’époque, est morte assassinée, son cadavre déposé quai de Javel, moitié sur le trottoir, moitié sur la route, le corps bourré d’hématomes et de signes de lutte. Après avoir interrogé en vain toutes les personnes qu’elle connaissait de près ou de loin, la police a classé l’affaire en 1950. C’est compter sans le flair de notre Maigret du 21ème siècle, qui va reprendre toute l’enquête malgré l’absence de témoins, rendre fou la moitié des archivistes de Paris, suivre des pistes improbables jusqu’en Bretagne, passer une nuit dans un taudis juste pour voir la cour d’un suspect ou arpenter les rues et les bistrots de Paris à la recherche d’un indice.
Armé de son manteau de Maigret, de son vapoteur (la pipe moderne), il n’a qu’un regret, que sa compagne ne soit pas aussi soumise que la femme du célèbre commissaire et ne lui cuisine pas de blanquette de veau, plat introuvable de nos jours. Seul l’humour, qui faisait défaut au personnage de Simenon, le différencie de son héros, et repêche le lecteur au moment où il pourrait se lasser des descriptions d’une minutie maniaque de personnages ayant approché de près ou de loin la jeune victime. Le roman nous balade tout de même pendant plus de 500 pages !! On aime ou pas, mais lorsque l’on choisit de suivre cet auteur étonnant, c’est jubilatoire.
On devient rapidement addict, autant à l’enquête (va-t-il aboutir ou non ?) qu’à ce narrateur obstiné qui se jette sur le moindre détail et abuse des doubles parenthèses. L’art de Philippe Jaenada ? Nous attacher aussi bien à l’auteur qu’à l’histoire.
Béatrice Arvet
REPÈRES
Philippe Jaenada est né en 1964 à St-Germain-en-Laye. Après des études scientifiques, il a enchainé les petits boulots (mécanique, cinéma, pub, minitel rose…) avant de publier sa première nouvelle en 1989 dans l'autre journal. Huit ans plus tard, son premier roman " Le Chameau sauvage " (Julliard, 1997) obtient le prix de Flore et est adapté par Luc Pagès sous le titre " À + Pollux. " Sulak " a reçu le Prix d'une vie, décerné par le Parisien Magazine et le Grand prix des lycéennes de Elle en 2014. "La Serpe" a obtenu le prix Femina en 2017.
DERNIERS OUVRAGES PARUS
La désinvolture est une bien belle chose - Mialet Barrault éditeurs, 2024
Sans preuve et sans aveu - Mialet Barrault éditeurs, 2022
La Serpe - Julliard, 2017




Commentaires