DERNIÈRE ANNÉE AU PAYS NATAL de Pedro Kadivar - Éditions Gallimard
- Béatrice Arvet
- il y a 2 heures
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IRAN : ANNÉE ZÉRO DE LA DICTATURE
À Berlin où il vit depuis 1996, Pedro Kadivar est visité par l’adolescent de 16 ans qu’il fut l’année où il a quitté son pays natal. Son texte d’une élégance sans faille raconte l’Iran du début des années 80, lorsque la république islamique s’est imposée comme une dictature féroce, trahissant les idéaux de ceux qui l’avaient mise au pouvoir.

Le récit commence par la photo affichée dans le couloir du lycée du cadavre effrayant d’un ancien élève, mort en martyr dans de la guerre contre l’Irak. Toute l’essence du pouvoir est concentrée dans cette obligation mortifère de passer devant l’image plusieurs fois par jour. Le narrateur et lui étaient dans la même classe et par compassion, puis mu par un sentiment plus trouble, il devient ami avec le frère de celui qui s’était engagé avec ferveur. Nous sommes au moment où la guerre fait rage, la répression également qui installe un climat anxiogène avec comité islamique surveillant les élèves ou l’obligation pour les sympathisants des partis de gauche de se déclarer loyaux à la république sous peine d’arrestation. Les facs étant fermées, toute une partie de la jeunesse se retrouve oisive, privée de perspectives et d’espoir en l’avenir, menacée d’être mobilisée de force.
Dans cette atmosphère étouffante, le narrateur s’échappe grâce à la littérature et à des cours de peinture. Il dialogue avec Hugo, Neruda, Dostoïevski ou Hockney et trouve dans ses dessins de natures mortes, les couleurs et la vie que ce nouveau régime tente de lui ôter. La puissance du récit vient des passages traduisant le rapport de l’auteur avec l’art, l’art qui nourrit l'existence, permet de s’évader, de ne pas sombrer en attendant le départ, seule issue pour ces jeunes sacrifiés à une idéologie funeste. La capacité de se projeter dans les œuvres des autres lui donne une « force secrète », occultant la sœur répudiée par le père, le frère dépossédé de lui-même, l’avenir incertain et le pauvre espoir d’un pays d’accueil. Cette promenade mémorielle d’une grande finesse est à la fois un hymne à la vie, à l’amour, la création, aux nourritures terrestres et intellectuelles, mais également une passionnante immersion dans les débuts de la république islamique, où oppressions et exécutions sont toujours d’actualité.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 11 juin 2026
REPÈRES
Né en 1967 à Chiraz, Pedro Kadivar a quitté l'Iran pour la France à 16 ans. Après des études théâtrales à la Sorbonne, il commence à travailler comme assistant à la mise en scène. En 1996, il s'installe à Berlin où il met en scène de nombreuses pièces dont une tétralogie de la migration.




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