UNE ULTIME LUEUR de Fred Vargas - Édition Flammarion
- Béatrice Arvet
- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
Onzième enquête pour le commissaire Adamsberg et son équipe, composée d’éléments disparates, qui ne correspondent guère aux critères de recrutement de la police. Un polar parfait pour la saison estivale qui nous entraine beaucoup plus loin que les quartiers parisiens où sont semés les cadavres.

Une femme d’une beauté rare est retrouvée poignardée rue Monsieur le Prince à Paris une nuit de juin. Elle porte un tailleur pied de poule un peu désuet, des escarpins à petits talons, des bas, une gourmette en or massif avec un sifflet d’alerte et une alliance trop grande. Délicatement posé à côté du corps un bouquet d’ancolies, les fleurs de l’amour pur, traduisent un grand trouble émotionnel du coupable. Que signifie cette mise en scène ? La brigade se trouve devant une énigme d’autant que l’assassin n’a laissé aucune trace. Un témoin très alcoolisé et peu fiable aurait vu s’éloigner un homme avec un chapeau et un imper. Cependant, devant cet accumulation de symboles, le commissaire ressent un sentiment indéfinissable, dont il n’arrive pas à se débarrasser.
Tout l’art de Fred Vargas consiste à nous embarquer dans l’esprit cafouilleux de son commissaire qui avance dans la nuit avec pour seul indice ce quelque chose qui le turlupine. Ainsi de fil en aiguille, ou de « chou blanc en chou rouge », on avance paisiblement dans une enquête qui semble se passer au siècle dernier tout en s’aidant de la technologie moderne. La première intuition d’Adamsberg le conduit à un meurtre identique perpétré six ans plus tôt et dont les correspondances (prince noir, sirène, tour, végétal …) finissent par l’attirer du côté de Gérard de Nerval et son hermétique poème « el desdichado (le malheureux) ». Lorsque le corps d’une seconde femme est déposé rue du cardinal Lemoine, avec une scénographie identique, alors que ses équipiers planquaient dans des « rues nervaliennes », il comprend que le criminel, un amoureux « désespérément désespéré » va sûrement récidiver en déjouant ses maigres avancées.
Sans toujours bien les comprendre, l’équipe habituelle, plus un nouveau, s’attelle à suivre les pistes parfois désordonnées de son chef, chacun ou chacune apportant sa compétence, améliorée qui par un petit verre de blanc, qui par un somme discret, un apport généreux de calories ou encore un café subtilement dosé. Ajoutons à ce sympathique attelage, le « jonctionneur » détaché du 36, chargé du tout premier meurtre et à qui Adamsberg avait sauvé la vie quelques années plus tôt.
Les méandres cérébraux du commissaire, poète à sa façon, cheminant vers une « lueur » invisible par ses adjoints jusqu’à la résolution, sont particulièrement réjouissants. Du quartier latin à Los Angeles, Fred Vargas crée un pont entre passé et présent, poésie et mythes, qui sert une énigme bien alambiquée, préservée jusqu’à la fin.
Béatrice Arvet
Article paru dans l'hebdo La Semaine du 28 mai 2026
REPÈRES
Née Audoin-Rousseau en 1957, Fred Vargas est archéozoologue et écrivain. Elle a travaillé 15 ans au CNRS, sur des fouilles archéologiques. Certains de ses romans ont été adaptés au cinéma. Elle a reçu plusieurs prix dont le prix des libraires et le prix des lectrices de Elle en 2002 pour « Pars vite et reviens tard » et le prix Princesse des Asturies en 2018.
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